MARCHER
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Marcher avec Louis Ribes, prêtre et artiste :
Le Chemin de croix en l’église Saint-André de Savigny
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Paul Lionnet
photographies Marie-Claire Lionnet
2020 – reproduction réservée
Le Chemin de croix en l’église Saint-André de Savigny
Le créateur : RIB
Le Chemin de croix de l’église Saint-André de Savigny en Lyonnais a été réalisé par RIB en 1977 : peinture acrylique, sur panneaux de bois de format 52cm x 52cm ; ils sont situés en dessous de l’indication en grands chiffres romains du numéro de la station ; ces derniers ont une autre origine. L’artiste, autodidacte, qui signe ses œuvres de ce nom est connu comme dessinateur, créateur de vitraux, etc.
RIB, de son vrai nom Louis Ribes (1920-1994), était prêtre du diocèse de Lyon, ordonné en 1947.
Le P. Paul Bobichon, curé de la paroisse en 1977, est probablement à l’initiative de ce Chemin de croix.
Composition d’ensemble du Chemin de croix de l’église Saint-André
Avec 16 panneaux sobrement figuratifs, la composition du Chemin de Croix proposé par l’artiste RIB déborde de la tradition des 14 stations : après la 14ème et dernière des stations traditionnelles (la mise au tombeau), il ajoute deux stations : la résurrection et l’ascension. Le Chemin commence dans le bas du bas-côté gauche et se poursuit dans le bas-côté droit. Ces deux stations sont ajoutées de part et d’autre de la grande porte centrale du porche de l’église.
La peinture est figurative, stylisée certes, mais offrant une lecture simple de chaque scène, selon le regard de cet artiste prêtre. Les scènes sont fermement structurées. La croix, verte, est présente dans toutes les scènes, à partir de la 2ème station (Jésus chargé de la croix) jusqu’à la 13ème (Jésus détaché de la croix est remis à Marie) ; à la 14ème station, la mise au tombeau, la croix n’apparaît plus. La croix s’annonce dans la représentation de la 1ère station, par le bandeau vert au-dessus de Jésus. Verte, elle n’indique pas un bois mort mais un bois vivant. Elle ne se laisse pas oublier au tombeau qui, lui encore, est vert. La croix est imposante par ses dimensions, mais pas par son épaisseur ; elle n’oblitère pas l’espace, mais le distribue en zones de différentes couleurs. Ce jeu des couleurs sera ressaisi dans les stations de la résurrection et de l’ascension, comme pour aider à en déchiffrer finalement la portée ; ce sont sans doute les réalités du chemin des vies humaines côtoyées par Jésus qu’elles symbolisent : toutes ces réalités sont promises à la résurrection. Telle qu’elle est représentée, cette Croix verte renvoie traditionnellement à l’espérance ; elle n’impose pas une obsession de la douleur. Dans son ensemble, la représentation de ce Chemin de croix, sans gommer la souffrance physique, n’invite pas à s’y complaire. Il n’invite pas à renchérir sur la douleur, à la différence des processions de pénitents en Espagne ou ailleurs, ou d’autres Chemins de croix. Il nous oriente dans une autre voie humaine, spirituelle. Les personnes représentées sont celles qui le sont au titre de chaque station ; on n’identifie pas de soldat, sauf un, celui qui transperce le cœur de Jésus sur la croix. Il n’y a ni foule ni badaud. Les scènes très épurées sont ainsi réduites à leur essentiel, loin de la violence et de la brutalité figurées dans certains Chemins de croix ; loin aussi de la représentation présente dans l’imaginaire de certains croyants quand il s’agit du Chemin de croix.
Jésus porte la barbe et les cheveux mi-longs qui lui tombent sur les épaules, comme dans beaucoup de représentations traditionnelles. Tous les autres personnage masculins sont glabres et portent les cheveux relativement courts. Une des trois femmes de la 8ème station porte les cheveux longs ; les deux autres portent un voile, comme Marie et Véronique.
La tunique de Jésus est blanche et bleu clair ; dans les évangiles, les vêtements de Jésus ne font pas l’objet d’une attention particulière, sauf dans l’épisode de la Transfiguration, en présence des trois apôtres Pierre, Jacques et Jean que Jésus a emmenés avec lui sur la montagne ; ils ont été aussi sollicités par Jésus au Jardin des oliviers, pour prier avec lui. Jésus « fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, ses vêtements devinrent blancs comme la lumière » (Mt 17, 2). Ici, l’artiste a donc retenu le blanc « comme la lumière » et l’auréole « comme le soleil » du Créateur. Le blanc du vêtement n’apparaît évidemment pas dans les Chemins de croix qui ne sont pas polychromes.
Jésus est auréolé ; c’est habituel, dans les Chemins de croix traditionnels. Mais aujourd’hui, la représentation des scènes est souvent seulement allusive, ou même non figurative : l’auréole ne s’impose plus systématiquement ou même disparaît complètement. Cela dit, même dans les représentations figuratives, l’auréole n’est pas toujours présente ; voir par exemple le Chemin de croix de Claude Gruer (1923-2013) pour l’église de l’Immaculée Conception à Vimeux ; il date de 1957, en terre cuite polychrome (reproduction en noir et blanc dans Le Chemin de la Croix, édition normand / C.L.D., 1976, avec un texte de Paul Claudel ; et sur internet). L’auréole est parfois aussi systématiquement remplacée par la couronne d’épines, comme le propose Sham’s dans ses deux Chemins de croix (Espelette et Saint-Pierre du Perray, 2014 et 2015). Ici, à Savigny, l’auréole de Jésus, ocre dorée, très présente, ne peut être esquivée par qui parcourt ce Chemin. Cette auréole impose sa lumière à toutes les scènes. Ce Chemin de croix est un chemin de lumière pour tous ceux qui acceptent de le suivre ; marchant à la suite du Christ lumière et vérité, chacun est invité à recevoir cette lumière en soi et à faire la vérité en soi.
La croix et l’auréole, l’auréole et la croix se trouvent donc dans les différentes scènes. Leur position respective mérite attention. Dès la 2ème station la croix s’intercale entre la tête de Jésus et l’auréole, frappe l’auréole, tend à la masquer, comme si la croix allait prendre le dessus sur elle. La sainteté de Jésus est clairement bafouée par la croix et par tout ce qu’elle signifie d’une décision voulue par des hommes. Mais la sainteté de Jésus, témoin de la sainteté du Père ne peut être totalement masquée par la croix. Et, avec la 13ème station – Jésus est déposé de la croix et remis à sa mère – la croix ne peut plus rien sur l’auréole ; dès que Jésus retrouve sa mère, la croix ne disparaît pas mais, sans attendre, elle ne masque plus l’auréole, elle ne peut plus du tout s’imposer à la sainteté de Jésus ; ni à la sainteté de Marie. Tout au long, le Chemin de croix nous conduit entre misère humaine et sainteté de Jésus.
Dans d’autres Chemins de croix, la relation entre l’auréole et la croix joue sur une autre disposition. Par exemple les vitraux de Paul Monnier (1907-1982), pour l’église catholique de Bex (Suisse) : l’auréole s’impose toujours à la croix ; c’est cette dernière qui est plus ou moins masquée par l’auréole, et non l’inverse comme ici [reproduction dans Chemin de Croix (1946), Patrice de La Tour du Pin, éditions saint-augustin, 1998].
La tradition du Chemin de croix est très ancienne : voir l’Annexe 1. Avec le Chemin de croix, on est appelé à marcher sur ce Chemin de station en station ; c’est la tradition du pèlerinage qui se cache derrière cette dévotion ; c’est aussi la tradition de la marche à la suite du Christ : « Suis-moi » dit Jésus ressuscité à Pierre, au bord du lac (Jn 21, 19).
« Celui qui déclare demeurer en lui doit marcher lui-même dans la voie où lui, Jésus, a marché. »
(1 Jn 2, 6).
D’où vient ce travail ?
J’ai découvert l’église de Savigny à l’occasion d’un mariage en juillet 2019. On y trouve une Vierge ancienne et un retable déjà répertoriés ; et ce remarquable Chemin de Croix, largement ignoré, si ce n’est des paroissiens. Faute de trouver une notice au fond de l’église, je propose au responsable paroissial présent pour ce mariage, d’en réaliser une (cf. ci-après, après la 16ème station). Pour cela, il m’a fallu passer par un travail plus conséquent que prévu… ; d’où cette brochure. Ce sont des réflexions diverses pour « marcher » sur ce « chemin ».

Première station : Jésus est condamné
La scène retenue montre Pilate, au fond à gauche et, au premier plan à droite, Jésus les mains liées (Mt 27, 2), sans aucun autre témoin que le serviteur qui tient la cruche et le bassin pour le lavement des mains. Pilate vêtu de rouge est assis sur une estrade ; il se lave les mains. Le fond de la scène est découpé en plusieurs séquences. Du côté de Pilate, l’estrade est installée sur un élément de construction noir ; lui-même se détache sur un fond marron (ou rouge très sombre). Jésus est debout, les mains liées, dans le dos ; il se détache sur un fond vert sombre ; au-dessus de sa tête, se trouve une bande verte, qui sera, dès la station suivante, la couleur de sa croix. Il a la tête inclinée, et n’a plus rien à attendre de Pilate, ni geste ni parole.
Notons que le bassin et la cruche pour le lavement des mains sont de couleur verte, comme le seront aussi la croix de Jésus, la pèlerine de Marie recevant Jésus après sa mort et le tombeau.
Mais dans cette affaire, Jésus n’est pas le seul concerné. L’évangile de Matthieu qui rapporte ce dernier moment de Jésus devant Pilate (Mt 27, 24), souligne que les représentants des Juifs sont présents ; d’ailleurs Pilate leur parle : « Je suis innocent… c’est votre affaire » (Mt 27, 24 ; c’est nous qui soulignons). Mais, ici, ils sont absents ; Ribes ne les met pas en scène. Pilate jouera le jeu des accusateurs de Jésus, adoptera leurs mensonges : il libère Barabbas, le criminel notoire réclamé par tous (Mt 27, 21 ; Lc 23, 18-19) et il leur abandonne Jésus. Telle est la conclusion de la discussion de Pilate avec les représentants des Juifs, qu’il avait interpellés ainsi : « Quel mal a-t-il donc fait ? » (Mt, 27, 23). Il n’obtient pas de réponse ; ce n’est pas une surprise pour Pilate : il avait compris que la jalousie guidait leur démarche (Mt 27, 18) ; Jésus mettait en cause les autorités juives en dénonçant les situations acquises, les compromissions qui les entretiennent.
La question de l’innocence est au centre de ce moment crucial de la vie de Jésus. Elle met à l’épreuve les différents acteurs au point qu’ils dérivent de toute humanité : arriver à ses fins et qu’importe l’innocence bafouée. Avec l’évangéliste Jean, l’innocence est aussi épreuve pour Jésus, mais épreuve de vérité. Jésus le dit : « je suis venu pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37). Vie, innocence et vérité ont partie liée comme, au contraire, mort et mensonge.
Mais avant cela, Pilate a interrogé Jésus : « Es-tu le roi des Juifs ? » (Mt 27, 11) Cet interrogatoire de Pilate est centré sur la question de la royauté de Jésus, motif avancé par les responsables juifs pour présenter Jésus à Pilate (Mt 27, 11). Avec la réponse de Jésus, l’interrogatoire est comme simplifié : « C’est toi qui le dis ». Jésus ne refuse pas cette désignation, pourtant dangereuse pour lui, puisque formulée par le représentant du pouvoir politique romain ; les représentants des Juifs sauront mettre cela en avant (Jn 19, 15). L’évangéliste Jean prend le temps de développer ce moment (Jn 18, 33-38 et 19, 7-12). Ainsi, Jésus acquiesce à cette désignation. Mais acquiescer à la vérité exige de manifester toute cette vérité ; c’est ce que fait Jésus de deux façons. Tout d’abord, il demande à Pilate : « Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? » (Jn 18, 34) ; comprenons : « cette question est-elle l’accusation que toi, Pilate, tu formules contre moi ? » Pilate ne répond qu’à moitié (Mt 27, 13 ; Jn 18, 35). Ensuite, Jésus affirme : « Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 35). Cet acquiescement à la vérité est germe de révélation pour qui s’y prête, autant pour Jésus que pour Pilate son interlocuteur et son juge en la circonstance. De fait, Pilate dira aux représentants des Juifs : « Je n’ai rien trouvé en cet homme qui mérite condamnation parmi les faits dont vous l’accusez » (Lc 23, 15 ; Jn 19, 4). Mais dire la vérité n’est pas encore faire la vérité… Qu’importe pour Pilate la jalousie des Juifs : leurs cris sont accablants pour un homme d’ordre ; Pilate ajuste son jugement à la jalousie qui condamne cet homme. Refusant de faire la vérité, il se prive de la profondeur de la révélation que Jésus a reconnue dans sa question et qu’il a confirmée en réponse à cette question : Jésus est révélé roi de vérité.
Une fois déjà, Jésus a acquiescé, face à Pierre (Mt 16, 13-20). Par cet acquiescement Jésus a ouvert la voie de la révélation. « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » demande-t-il à ses disciples. Pierre prend la parole : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » ; Jésus explicite cette voie de révélation : « Heureux es-tu, car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux ». Et, puis, comme si le silence était une condition de maturation de la révélation, Jésus « commanda sévèrement aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ. » (Mt 16, 13-20).
Acquiescer à la révélation est la voie ouverte sur le chemin de la Croix. Ainsi, acquiescer à la parole de Pierre ‘tu es le Messie’ demande à Jésus d’en expliciter la source et, pour demain, d’en accepter les suites, jusqu’à la jalousie des responsables Juifs relevée par Pilate et la condamnation à la croix. Pierre aussi sera confronté à acquiescer ; ce sera dans la douleur du reniement, puis dans la grâce de l’appel à aimer sans retour (Jn 18, 25-27 ; Jn 21, 15-19). De même, acquiescer à la question de Pilate ‘es-tu le roi des Juifs ?’ conduit Jésus à expliciter ce qu’il en est de sa royauté, soit en déniant répondre aux accusations mensongères, lui le témoin de la vérité (Mt 27, 12-14) – ce que Pilate semble bien avoir compris, puisqu’il propose de relâcher Jésus –, soit en invitant Pilate à reconnaître et faire la vérité (cf. Jn 18, 36-37). Mais Pilate n’a rien à ajouter que cette question « Qu’est-ce que la vérité ? », qui montre peut-être son trouble, mais certainement aussi son refus à entendre le témoin de vérité qui se trouve en face de lui. Jésus, roi de vérité, sera alors couronné d’épines par les soldats de Pilate (Mt 27, 29) ; c’est le début du supplice. Mais dans ce Chemin de croix, la couronne d’épines n’apparaît dans aucune scène. Acquiescer est une démarche de foi quand cet acquiescement se fait révélation de vérité ; acquiescer est aussi reconnaissance du don de la vérité par l’Esprit, qui « demeure auprès de vous » (Jn 14, 17). Ainsi, Jésus assume la vérité de sa mission : annoncer le Royaume de Dieu.
La scène représentée ici marque la fin du dialogue entre Pilate et Jésus ; elle marque la condamnation de Jésus que Pilate abandonne aux autorités juives qui lui ont amené Jésus, faute de pouvoir l’exécuter (puisque cette décision était réservée à l’autorité romaine). L’exécution aura donc lieu ; la jalousie des responsables juifs sera satisfaite. Pour l’instant, Jésus tête baissée, ne regarde pas, ne regarde plus Pilate ; ils n’ont plus rien à se dire. Jésus, dans toute sa stature, Jésus est sur le devant de la scène proposée par RIB.
Pour cette première station, d’autres Chemins de croix préfèrent représenter la scène dite de l’Ecce homo ; « Voici l’homme » (Jn 19, 5),uu dit Pilate en présentant Jésus à la foule après une première instruction du cas de Jésus ; les cris de la foule font reculer Pilate qui, peu après, présente à nouveau Jésus à la foule en disant « Voici votre roi » (Jn 19, 14).
« Le salut d’un roi n’est pas dans son armée… » (Ps 32, 16-19)

Deuxième station : Jésus est chargé de sa croix
Un soldat, vêtu de rouge comme Pilate, charge la croix sur l’épaule gauche de Jésus ; le soldat et Jésus ne sont pas du même côté de la croix : ce soldat n’est pas appelé à ‘‘marcher à la suite’’ de Jésus sur ce Chemin, tout au plus à accompagner ce condamné. Jésus se saisit de la croix ; seul l’évangéliste Jean indique cela (Jn 19, 17) ; les autres évangiles introduisent tout de suite Symon de Cyrène, présent à la troisième station. Prendre sa croix : Jésus a souligné que c’est une condition normale pour qui veut le suivre ; cette annonce vient juste après la première annonce de sa passion et de sa résurrection (Mt 16, 21). « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même et prenne sa croix, et qu’il me suive » (Mt 16, 24).
La deuxième station engage Jésus sur la voie du consentement. Oui, l’injustice existe, pour Jésus comme pour beaucoup d’autres hommes aujourd’hui ; oui, il s’agit bien d’une condamnation injuste, d’ailleurs Pilate lui-même l’a reconnu ; oui, cette condamnation vaut une peine sans proportion et, elle aussi, injuste. Oui, tous ceux auxquels Jésus s’est adressé, tous ceux qu’il a accepté de guérir, tous ceux qu’il a rencontrés sur les routes et dans les synagogues, tous ceux-là au mieux se taisent. La vérité est désormais muette, absolument semble-t-il. Ou trop dangereuse pour ceux qui se risqueraient à prendre la parole : comment prendre la parole quand le mensonge s’impose au point d’imposer la mort comme règle de vie ?
Consentir à l’épreuve n’est pas démission. Ce consentement de Jésus vérifie l’appel de l’exigence de vérité que portent les hommes de bonne volonté. Les associations comme Amnesty ou l’ACAT sont d’inlassables témoins en face des pouvoirs désordonnés. Consentir à l’épreuve c’est commencer à dénoncer le mensonge, c’est rendre témoignage à la vérité. C’est l’appel reçu par ce roi de vérité.
« Ils sont dans l’ignorance ceux qui portent leurs idoles de bois, et qui adressent des prières à leurs dieux qui ne sauvent pas » Is 45, 20
« C’est parce que je dis la vérité que vous ne me croyez pas. Qui de vous me convaincra de péché ?Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ? Celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu. » (Jn 8, 45-47)

Troisième station : Jésus tombe sous le poids de sa croix
Cette scène, qui ne figure pas dans les évangiles, montre Jésus qui peine sous le poids de la croix, mais sans tomber complètement ; il n’est pas effondré au sol, seulement comme un homme trop chargé, que le fardeau menace ; d’ailleurs, à la station suivante, il se sera relevé. Ce qui frappe aussi, peut-être plus encore, dans cette scène, c’est la solitude de Jésus ; il n’y a personne autour de lui ; il est absolument seul avec sa croix. Dans les moments précédents de la Passion, il y avait du monde pour le moquer, pour le violenter, pour le condamner. Ici, dans la représentation de RIB, il n’y a plus que la croix ; sa croix est sa seule compagne ; et, malgré sa chute, il tient encore sa croix : pesante sans doute, mais encore sa compagne, la compagne des abandonnés de tous, les oubliés et les maudits de la société.
Jésus en avait prévenu les disciples : « Voici venir l’heure – elle est venue – où vous me laisserez seul » (Jn 16, 32). Jésus se trouve alors dans la totale dépendance des hommes de pouvoir, pouvoir religieux et pouvoir politique, qui lui refusent tout avenir. Échapper à cette expérience de dépendance extrême ? la démission des disciples en indique une voie. Peut-on le dire : Jésus choisit le consentement à cette épreuve du pauvre ? Dans la seule compagnie de sa croix, il consent au châtiment que les autorités lui infligent. Mais en choisissant le consentement, il annonce que l’obéissance due à son Père est voie de salut et de charité. Plus tard,… les disciples ne seront plus jamais seuls même lorsqu’ils consentiront eux aussi à prendre leur croix, puisque Jésus, lui, est allé seul jusqu’à l’extrême du consentement. Ce faisant, il a manifesté la vérité du Père : Dieu est Père des pauvres ; Il est Père de tous ceux qui ont leur croix pour première compagne.
« Opprimons le pauvre, qui pourtant est juste… Il se vante d’avoir Dieu pour père. Voyons si ses paroles sont vraies et vérifions comment il finira. » (Sg 2, 10. 16-17 ; cf. Mt 27, 43).
« Un pauvre crie ; le Seigneur entend : il le sauve de toutes ses angoisses. » (Ps 33, 7).

Quatrième station : Jésus rencontre sa très sainte Mère
Cette nouvelle scène ne se trouve pas non plus dans les évangiles. Mais, puisque le Chemin de croix est ‘illustré’, il est en quelque sorte une mise en présence qu’on ne peut laisser passer comme si notre propre présence n’était pas sollicitée.
Deux personnages, Jésus et Marie dans cette scène : ils vont l’un vers l’autre. Il y a comme une sorte de légèreté dans cette scène qui contraste avec la précédente. C’est d’ailleurs la seule scène où Jésus est en marche, tout comme Marie d’ailleurs. Par sa couleur, marquée par plusieurs teintes de bleu, le vêtement de Marie tranche avec ceux des autres personnages déjà représentés, marqués par des rouges ; le vêtement de Marie, la mère, s’apparente presque à celui de Jésus, le fils. Pourquoi avoir ‘inventé’ cette rencontre ?
C’est souvent l’affection et la douleur de la mère qui sont mises en avant : Marie ne pouvait pas manquer de manifester à Jésus sa présence, comme une sorte de gage de compréhension, de soutien. Poursuivons sur cette voie. Se parlent-ils : qui peut le dire ? Dans le silence des évangiles, nous sommes invités plutôt à reconnaître l’indicible de leur marche respective, l’un vers l’autre, qui fait de leur rencontre un écho particulier à de précédentes rencontres qui ont déjà marqué leur chemin. Deux exemples où soit la mère soit le fils parle et l’autre garde le silence devant une parole de vérité qui n’appelle pas d’autre commentaire que cette vérité même : 1 – Quand Marie, déjà enceinte, rend visite à sa cousine Élisabeth, elle est saluée par cette dernière « la mère de mon Seigneur » ; dans son chant d’action de grâce (le Magnificat) Marie dit alors : « Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour » (Lc 1, 43 et 54). Marie la mère prête la parole d’action de grâce, parole de vérité, à cet enfant appelé à vivre l’expérience humaine jusqu’à la mort ; Jésus ne dit rien évidemment, mais c’est bien lui, le fils, qui est visé. 2 – À ceux qui le pressent : « ta mère te cherchent… », Jésus répond calmement cette parole de vérité : « Quiconque fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère » (Mc 3, 35). Marie ne dit rien, mais c’est bien elle, la mère, qui est visée.
Les évangiles rapportent deux dialogues entre Jésus et Marie : 1. Marie et Joseph retrouvent Jésus au Temple (Lc 2, 41-52) ; Jésus, en réponse à l’angoisse de ses parents : « Pourquoi me cherchiez-vous ? » ; et Jésus rentrent avec ses parents à Nazareth. 2. Marie et Jésus sont à des noces, à Cana (Jn 2, 1-12) ; le vin manque ; Jésus sollicité par sa mère, répond « Mon heure n’est pas encore venue » ; quoiqu’il en soit, ce sont six jarres d’eau qui, devenue du vin, sauve cette noce, cette fête d’alliance.
Aujourd’hui, « l’heure est venue » pour Jésus de sceller l’Alliance et pour Marie d’y consentir ; n’est-ce pas pour cela qu’elle vient ‘chercher’ Jésus ? Non pour le ramener avec elle, pour connaître tout son chemin.
En ce moment de leur vie, c’est l’indicible qui s’impose au fils et à la mère. L’indicible de Marie vise encore le mystère de la vie, donnée à Bethléem, qui la fait rejoindre son fils sur ce Chemin ; l’indicible de Jésus porte, avec l’obéissance de la croix, la révélation de l’Alliance de Dieu avec tous les hommes. Pour l’un comme pour l’autre, cet indicible trouve ses racines et ses fruits dans la foi. Jésus s’est désigné lui-même à ses disciples comme le serviteur (cf. Mc 10, 45) et, pour qu’on ne se méprenne pas sur la vérité de son propos, il en a fait les gestes : il leur a lavé les pieds (cf. Jn 13, 1-20) ; porter la croix n’est rien d’autre que prolonger ces gestes en toute vérité, en-deçà ou au-delà de tout discours. Alors, dans la foi obéissante, Jésus se révèle Fils à sa mère.
Dans cette rencontre avec Jésus, Marie, croyons-nous, révèle à Jésus que son consentement dans la foi est plénitude de vie, c’est-à-dire révélation de l’Alliance de Dieu avec son peuple, comme elle l’a chantée dans le Magnificat. Le cri « non, tu ne peux pas mourir » de tout parent dans une situation analogue est transfiguré dans le consentement de la foi obéissante : « oui, tu vivras comme ton Père le voudra ». L’un et l’autre peuvent continuer à marcher, marcher dans la foi.
«Bienheureuse celle qui a cru : ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s’accomplira. » (Lc 1, 45)
Elisabeth répond à la salutation de Marie venue l’assister pour la naissance de Jean Baptiste.

Cinquième station : Simon le Cyrénéen aide Jésus à porter sa croix
Cette scène, à la différence de la précédente, se trouve bien dans les évangiles. Un homme est réquisitionné pour aider Jésus à porter la croix. c’est cela qui est représenté ici ; et c’est comme cela qu’on en parle habituellement. Mais les évangiles, sauf celui de Jean, disent que cet homme est requis « pour porter la croix » (Mt 27, 32), et non pour ‘aider’ Jésus. Cet homme est désigné par son nom ; on ne le connaît pas pour autant ; il est dit « de Cyrène » (Mt 27, 32), ville située sur la rive africaine de la méditerranée, à l’ouest d’Alexandrie (l’est de la Libye actuelle) ; les Juifs étaient nombreux dans cette ville. Que faisait Simon à Jérusalem ? On peut penser qu’il y était venu pour fêter la Pâque, comme de nombreux Juifs de la diaspora, présents à Jérusalem pour la même raison, comme l’indique le Livre des Ac=²s des Apôtres, à l’occasion de la Pentecôte (Ac 2, 5-11). Tout laisse penser qu’il a bien été réquisitionné : on ne lui a pas demandé son avis ; on ne le remerciera pas non plus.
RIB nous montre ici une scène à hauteur d’homme. La croix : ses montants barrent toute la scène, comme si Jésus ne parvenait plus à avancer. Et deux hommes, évidemment : Jésus en tête et Simon derrière ; c’est la représentation traditionnelle (comme Claude Gruer, Paul Monnier, Léa Sham’s) ; mais certains artistes font porter la croix par le seul Simon, suivant en cela l’évangile de Jean, et montre Jésus déchargé de la croix (par exemple Paul Monnier) ; certains inversent les places et mettent Simon en tête (par exemple Patrick Marquès).
Ici, la posture des deux hommes n’est pas équivalente. Jésus a les deux pieds au sol ; il est fléchi comme un homme bloqué par une charge trop lourde pour lui. Simon se tient bien droit et, de son pied droit, commence à marcher ; à observer ses bras, on pourrait penser que ses mains qui tiennent la croix sont des mains jointes, comme pour une prière. Revenons encore à la croix : elle masque le visage de Jésus ; c’est la seule station de ce Chemin de croix où le visage de Jésus nous échappe. C’est qu’il faut sans doute nous arrêter au geste de l’homme venu assister Jésus ; en cet instant, son visage appliqué parle en faveur de tout homme, toute femme conduits à assister celui qui n’en peut plus, que ce soit sous le régime du volontariat ou, même, sous le régime de la contrainte, comme pour Simon. Ici, tout se joue à hauteur d’homme, pas dans les bons sentiments, pas dans les grandes idéologies, ni même dans les pieuses démarches. Il faut se charger pour décharger. Simon le sait-il ? Son geste est un appel adressé à tout homme, pour intervenir auprès de toute personne qui n’en peut plus, quelle qu’elle soit, y compris Jésus… Et même si cette intervention ne résout pas toutes les difficultés rencontrées. Cette personne n’en peut plus : cela suffit pour se décider à intervenir, d’une façon ou d’une autre ; au moins être présent.
« Portez les fardeaux les uns des autres ; accomplissez ainsi la loi du Christ. » (Gal 6, 2).
« Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. » (Mt 11, 28-30).

(souvent désignée Véronique)
Sixième station : Une femme pieuse essuie la face de Jésus-Christ
Cette scène ne figure pas dans les évangiles. Mais elle tient une place importante dans la tradition chrétienne. Cette femme est très généralement désignée Véronique (vera icon, soit vraie image, étymologie symbolique de son nom, se rapportant à l’image conservée sur le linge utilisé pour essuyer le visage de Jésus). Son geste a pris place dans le Chemin de croix, au moins depuis le 15ème siècle. « L’image supposée avoir été recueillie sur ce linge prit le nom de Sainte Face. » (Catholic Encyvclopedia, 1913, cité par Wikipedia, « Véronique (christianisme) »). La femme peut être représentée debout ou à genoux ; ici on dirait presque une révérence. Tenant un linge, sa tête est découverte ou encore couverte, comme ici : un voile bleu comme Marie. Le linge est parfois pris en main par Jésus ou il est présenté par la femme, comme ici. Ce linge est représenté avant d’avoir touché le visage de Jésus, comme ici semble-t-il, ou après et portant alors la marque de ce visage. L’absence de référence à une scène des évangiles autorise ces variations.
Ici, il n’y a que deux personnes, la foule, les soldats sont absents ; s’il y a audace du geste, ici il n’est pas dans l’affrontement à l’autorité ou à l’opinion. Sur le Chemin de croix, après l’intervention d’un homme et d’un geste de soutien, un geste de force, c’est une femme qui s’approche de Jésus pour un simple geste d’apaisement. Avant de devoir porter sa croix, Jésus a été sérieusement maltraité par les gardes de Caïphe d’abord (« ils lui crachèrent au visage et lui donnèrent des coups ; d’autres le giflèrent » Mt 26, 67), puis par les soldats de Pilate (« ils tressèrent une couronne qu’ils lui mirent sur la tête… Ils crachèrent sur lui et, prenant le roseau, ils le frappaient à la tête » Mt 27, 29-30). Son visage est défiguré. Souhaite-t-elle simplement présenter ce ‘voile’ à Jésus ou se propose-t-elle de purifier elle-même son visage ? En tout cas, ce linge va ‘dévoiler’ le visage de Jésus, lui rendre la vérité de sa figure humaine après les outrages subis.
Jésus s’est arrêté. La femme est genou fléchi, devant lui, comme d’autres avant elle dans les évangiles ; la Cananéenne, par exemple : « la femme vint se prosterner devant lui : « Seigneur, dit-elle, viens à mon secours ! » (Mt 15, 25). Mais ici dans ce moment, les rôles sont comme inversés. Jésus incline son visage pour accepter ce geste qui n’est cependant pas figuré, seulement suggéré : sa main droite tient la croix, la gauche n’est pas visible. Véronique présente un linge immaculé, pour un visage immaculé bientôt aussi ; Jésus accepte le geste de ce linge, il accepte le face-à-face qu’il implique, la paix qui l’accompagne et qu’il apporte ; et la paix qu’il annonce : la paix sera la signature de la résurrection. Après la résurrection, Jésus se présente aux disciples en disant : « La paix soit avec vous » (Jn 20, 19). Pour Véronique, la grâce de ce face-à-face se trouve exprimée dans le Psaume 33 : « Qui regarde vers lui resplendira sans ombre ni trouble à son visage. Un pauvre crie ; le Seigneur entend : il le sauve de toutes ses angoisses ». Le visage rencontré sur ce chemin de détresse est ainsi un visage promesse d’espérance, offerte à cette femme qui était à la recherche de la vérité du visage de Jésus.
Quand Matisse établit son Chemin de croix à la chapelle de Vence, le voile de Véronique porte un visage, le visage du Christ ; et c’est le seul visage identifiable de ses quatorze stations ; pour lui aussi, peut-être, était-ce le visage de l’espérance ?
Tout visage souffrant nous parle de l’humanité que le Christ est venue sauver, nous parle du mystère de la personne du Christ souffrant et glorieux. C’est sans doute ce qui a guidé la Petite Thérèse dans le choix de son nom de religieuse : Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la sainte Face. Elle supplie Dieu « de ne me regarder qu’à travers la Face de Jésus et dans son cœur brûlant » (‘Acte d’offrande’, Histoire d’une âme, Cerf DDB, 1973, p. 316).
« Et nous tous qui, le visage dévoilé, reflétons la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, avec une gloire toujours plus grande, par le Seigneur, qui est Esprit. » (2 Co 3, 18).
« Qui regarde vers lui resplendira. » (Ps 33, 6).

Septième station : Jésus tombe pour la seconde fois
Pas plus que la première, cette deuxième chute de Jésus ne figure pas dans les évangiles. Dans cette scène Jésus est seul allongé au sol, la jambe gauche et le bras droit repliés, comme s’il tentait un effort pour se relever. La croix aussi a chuté avec lui ; curieusement, elle repose sur une extrémité de la barre transversale, à hauteur de la tête de Jésus (l’aurait-elle même assommé ?) ; le montant vertical se trouve à l’horizontal et barre la scène. La croix s’impose dans une représentation improbable, dans un équilibre qu’on dirait « délirant », même si l’on croit comprendre que Jésus tient ce montant de la main gauche ; mais tenir, est-ce maintenir, est-ce soutenir ? Tel qu’il est posé, ce montant transversal barre le Chemin. Jésus ne maîtrise plus la croix, sa compagne ; elle s’impose aux forces physiques et spirituelles de Jésus. Plus encore : le visage replié de Jésus manifeste qu’il ne peut pas regarder devant lui. Y a-t-il un au-delà à cette chute ? Il faudrait regarder le calvaire…
Après la rencontre de Véronique, malgré cette rencontre, avec cette chute, c’est l’espérance mise à l’épreuve, violemment, comme si l’espérance n’était plus qu’un délire spirituel, un délire d’espérance.
« Terrassé, mais non pas anéanti. » (saint Paul à propos des épreuves traversées, 2 Co, 4, 9).
« Qui tombe, que cela ne me brûle ? » (2 Co 11, 29).

Huitième station : Jésus console les filles d’Israël qui le suivent
L’évangéliste Luc est le seul à relater ce moment sur le chemin du Calvaire. Ici, après la deuxième chute, Jésus est de nouveau debout, la croix debout elle aussi, calée à son épaule gauche. Il parle, le pied droit en avant, comme en homme qui sait où il va ; et qui s’en explique devant ces trois femmes croisées sur son chemin de croix. Sa main droite montre la voie qu’il suit. Toutes trois ont le visage baissé, totalement caché pour deux d’entre elles ; l’une enfouit son visage dans son bras droit, une autre a le visage voilé par ses cheveux ; le visage de la troisième – celle dont la robe est verte – est tout juste à peine discernable. Elles ne peuvent vraiment plus regarder devant elles (comme Jésus à sa chute précédente) ; dans une appellation traditionnelle de cette station, on dit d’elles : « les filles d’Israël qui le suivent », conformément au texte de Luc (Lc 23, 27) ; mais sur la représentation de RIB elles sont empêchées de voir le chemin à suivre.
De sa main droite, Jésus montre le chemin ; et il dit : « Ne pleurez pas sur moi… Si l’on traite ainsi l’arbre vert, qu’en sera-t-il de l’arbre sec ? » (Lc 23, 28.31). Cette parole de consolation est surtout une claire invitation au discernement ; une invitation ferme : il s’agit d’arbre sec, stérile, et d’arbre vert, fécond ; et de les distinguer. Certes la fécondité de la croix n’est pas d’une grande évidence ; mais précisément, le travail de discernement doit déplacer le regard de la croix vers celui qui la porte. L’objet de nos pleurs ne doit pas être d’abord pour Celui qui fait la vérité, mais, sous l’inspiration du Christ, pour ceux qui se seront laissés subjuguer et convaincre par la violence du supplice et, de ce fait, ne se seront pas encore convertis (cf. 2 Co, 12, 21). La rencontre de Jésus sur son Chemin de croix est une puissante invitation à ne pas rester là en simple spectateur. Ce qui se déroule devant nous n’est pas qu’un triste fait divers susceptible de nous attrister profondément par sa gravité. C’est le comble du combat spirituel : exercice de la charité avec Simon, communion de la foi avec Marie, audace de l’espérance avec Véronique ; tous les trois accompagnent le combat spirituel de Jésus ; ils en sont comme le reflet éclairant. La présence de Simon, Marie et Véronique signe la présence de Dieu sur ce Chemin ; cette signature est offerte à Jésus ; elle est offerte désormais à ceux qui marchent à sa suite. « Regardez ce qu’il a fait pour vous » chante Tobit, une fois ses yeux guéris, après le mariage de son fils Tobias avec Sara (Tb 13, 7). Il ne faut pas rester là à regarder, même en pleurant. Une seule chose est à faire, regarder les événements avec les yeux de la charité, de la foi, de l’espérance, pour discerner le Chemin que montre Jésus, et marcher à sa suite : la croix du Christ est lourde, mais elle est verte, faite d’un bois vert et vivant ; elle est signe de vie et pas seulement signe de mort.
« Je suis le chemin, la vérité et la vie. » (Jn 14, 6).

Neuvième station : Jésus tombe pour la troisième fois
Comme les deux premières, cette chute n’est pas rapportée par les évangiles.
Jésus est représenté seul une fois encore ; il est effondré, allongé de tout son long sur un sol en forte pente ; on peut imaginer que le sol s’est lui aussi comme effondré sous le poids de la croix ; ou imaginer que Jésus ne parvient plus à gravir le Chemin jusqu’au mont du Calvaire, ce qui est à peu près équivalent.
C’est l’impuissance totale de Jésus qui est exposée. La croix empêche Jésus de se relever, les deux montants l’enferment contre le sol, et un sol qui se dérobe ; Jésus est complètement derrière la croix, pour la première fois, dans ces scènes. Il n’a plus rien à quoi se raccrocher, pas même la croix.
Les décisions de quelques hommes l’ont accablé, sans pitié ; à son tour, la terre des hommes lui fait défaut. Est-ce alors le dernier mot de ce Chemin ou faut-il attendre pire encore, plus abject, plus catastrophique ? La croix n’est plus sa compagne mais son enfermement ; pourtant, la croix est encore verte.
« Ma grâce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » (2 Co 12, 9).

Dixième station : Jésus est dépouillé de ses vêtements
Jusqu’à la neuvième station, nous étions sur le Chemin, à la suite de Jésus en marche. À partir de la dixième station, nous sommes au calvaire, au lieu même de la mise en croix ; Jésus n’est plus en marche, il est entre les mains de ceux qui le crucifient.
La scène présente Jésus debout sous un des bras de la croix, qui est debout à droite. Face à Jésus, un personnage chargé de l’exécution commence à lui retirer son vêtement ; un soldat sans doute, mais on note qu’ici, comme dans les autres scènes, rien ne permet d’identifier un soldat.
Cette scène n’apparaît pas dans les évangiles, par contre il est bien question, mais après la crucifixion et non avant, des vêtements de Jésus. Sa tunique, « ne la déchirons pas » diront les soldats, avant de la tirer au sort (Jn 19, 24). On peut observer que ce vêtement est représenté tout aussi blanc et bleu clair qu’au début des différents épisodes du Chemin de croix.
Un autre vêtement a ponctué ce temps de Passion : le « manteau de pourpre » que des soldats de Pilate (Jn 19, 2 ; et Lc 23, 11) ont jeté sur les épaules de Jésus pour mieux se moquer de lui ; c’était un vêtement de mensonge, de dérision, figurant pourtant la royauté qu’un des brigands mis en croix avec Jésus affirmera à sa façon : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras comme roi » (Lc 23, 42).
Jésus sera bientôt nu ; mais l’artiste suggère : il représente seulement une épaule déjà dénudée ; le vêtement est retiré avec délicatesse, dirait-on. Que comprendre de cette insistance du Chemin de croix pour montrer Jésus dépouillé de son vêtement ? Jésus nouveau-né a été souvent représenté nu par les artistes; cette représentation renvoie évidemment à la foi en l’incarnation. Dans la même perspective, l’évangile de Luc souligne que Marie emmaillota Jésus (Lc 2, 7). Cette nudité de Jésus est la nudité native de l’innocence. Relevons cet autre événement : on rencontre une fois un homme nu dans l’évangile de Luc (Lc 8, 26-39) ; cet homme « avait des démons »… « depuis longtemps, il ne portait plus de vêtement »… « il demeurait dans les tombeaux » (Lc 8, 27). Pour lui, c’est une nudité infernale.
La nudité de Jésus au Calvaire inviterait peut-être à retrouver aussi la nudité de l’homme d’avant le vêtement : nudité native de la création, nudité sans entrave, sans écran dans le cœur de Dieu. En effet, c’est après la chute d’Adam et Ève, après que leur avenir leur a été indiqué par Dieu, et avant de les renvoyer du jardin d’Eden, que « Dieu leur a fait des tuniques de peau et les en vêtit » (Gn 3, 21) ; ils sont alors comme envoyés marcher sur le chemin de la vie, appelés à la vie humaine que nous connaissons, sur la terre humaine que nous connaissons.
Ici, dévêtir Jésus s’impose pour la mise en croix ; c’est le début du supplice, mal infernal aux yeux de ceux qui ont voulu cette condamnation. Cette nudité d’infamie peut-elle occulter la Transfiguration, offerte à trois des apôtres : « son visage resplendit comme le soleil, ses vêtements devinrent blancs comme la lumière » (Mt 17, 2) ? Un seul de ces apôtres, Jean, est présent au calvaire, mais RIB ne le représente pas. Un seul est témoin de cette déchéance imposée à Jésus avant l’ultime déchéance : la mise en croix.
« Plus de mensonge entre vous, car vous vous êtes dépouillés du vieil homme, avec ses pratiques, et vous avez revêtu l’homme nouveau, celui qui, pour accéder à la connaissance ne cesse d’être renouvelé à l’image de son créateur. » (Col 3, 9-10).
« Vous avez revêtu Christ. » (Gal 3, 28 ; cf. Rm 13, 14).

Onzième station : Jésus est attaché à la croix
Les récits évangéliques sont extrêmement succincts sur ce moment du Chemin de croix, particulièrement Matthieu « quand ils l’eurent crucifié… » (27, 35) et Marc « puis ils le crucifièrent… » (15, 23-24) ; Jean souligne « ils le crucifièrent et avec lui deux autres » (Jn 19, 18) ; ces « malfaiteurs » sont indiqués par Luc (Lc 23, 33) qui, après la mise en croix proprement dite, entreront en dialogue avec Jésus (le « bon » larron s’adresse ainsi à Jésus : « souviens-toi de moi dans ton royaume »). Mais, dans la scène proposée ici, il n’est question que de Jésus.
Pilate fait fixer à la croix une pancarte qui indique : « Jésus de Nazareth, Roi des Juifs », en abrégé : INRI (Jn 19, 19). Les Chemins de croix traditionnels ne manquent pas cette pancarte, qui renvoie encore à la question de la royauté de Jésus. De plus la formulation de cette pancarte a été contestée par les autorités juives : il fallait écrire ‘‘cet individu a prétendu qu’il était le roi des Juifs’’ (Jn 19, 21) ; évidemment, Pilate ne se laisse pas ébranler. Les Chemins de croix plus récents laissent assez souvent de côté cette notation de l’évangile de Jean.
Ici, la scène compte trois personnages, Jésus et les deux bourreaux. De façon très inattendue, la croix est déjà debout ; il paraîtrait pourtant plus simple de crucifier le condamné sur une croix couchée au sol ; c’est d’ailleurs la représentation figurative habituelle (retenue par RIB en 1952 dans son petit livre Le chemin de la croix). Puisque la croix est debout, les trois personnes sont elles aussi debout. À gauche, le bourreau se tient sur la pointe des pieds pour être à la hauteur de la main de Jésus : il est équipé d’un marteau et cloue la main droite. Le bras gauche de Jésus pend, sa tête inclinée pèse sur la tête et l’épaule de l’autre bourreau, situé à droite. Jésus est ainsi soutenu péniblement par cet autre bourreau qui aide Jésus à se tenir lui aussi sur la pointe des pieds, pour être à la hauteur de la croix.
Il faut exhiber le condamné ; il faut exhiber ses souffrances. Déjà quasiment mourant, il faut le crucifier.
La main clouée devient-elle la preuve de l’impuissance de Jésus ? « Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même » disent les sinistres moqueurs (Mt 29, 42). Cette main clouée ne peut donc plus guérir (cf. Mt 20, 34), elle ne peut plus bénir (cf. Lc 18, 15 ; Mt 26, 26), peut-elle sauver ? (cf. Mt 9, 25 ; 14, 31).
Les bourreaux élèvent Jésus sur cette croix déjà dressée. Se souviennent-ils de ce que Jésus lui-même a annoncé quelques jours avant sa passion : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12, 32, et déjà avec Nicodème Jn 3, 14-15). Ces deux bourreaux ne sont-ils pas comme les deux premiers « attirés » par Jésus « élevé » de terre, déjà bientôt crucifié. Dans cette posture, leur office contribue à l’humiliation obéissante de Jésus (cf. Phil 2, 8) comme Simon de Cyrène aidant Jésus à porter sa croix. Ne sont-ils pas aussi les premiers à recueillir la parole de Jésus : « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 24) ?
Très fréquemment, les Chemins de croix introduisent, à l’occasion de cette station ou de la suivante (Jésus meurt sur la croix), des moments cités par les récits de la Passion dans les évangiles, et principalement : soit les railleries de ceux qui assistent à ce supplice (elles sont plus ou moins implicites dans les Chemins de croix qui représentent de nombreux personnages aux différentes Stations) ; soit l’échange avec le bon larron (certain chemin de croix récent en fait une Station à part entière). C’est à la station suivante, « la mort de Jésus », que Marie et Jean sont très souvent représentés.
Ici, clairement, rien de tout cela. L’artiste, ce prêtre, force notre regard et sur la main que le bourreau cloue à la croix et sur Jésus « élevé » ; d’ailleurs comme le bourreau de gauche, Jésus est montré se haussant sur la pointe des pieds, comme s’il voulait signifier son ‘attachement’ à la Croix.
Prier, contempler : Jésus, pour nous, tu ne quittes pas ta compagne la Croix
« Dieu l’a souverainement élevé. » (Phil 2, 9)

Douzième station : Jésus meurt sur la croix
La scène représentée est inspirée de l’évangile de Jean.
Mais très souvent, c’est une autre scène de l’évangile de Jean qui est évoquée : Marie et Jean sont au pied de la Croix. Cette double présence évoque évidement les paroles de Jésus : « Femme, voici ton fils … Voici ta mère… » (Jn 19, 26-27). Ce qui est représenté ici vient après.
Ainsi, au moment de retirer les suppliciés de leur croix, les soldats trouvèrent Jésus mort ; « l’un des soldats de sa lance lui perça le côté et aussitôt il sortit du sang et de l’eau » (Jn 19, 34) ; les autres évangiles ignorent ce moment particulier du coup de lance dans le côté de Jésus.
Une lance contre un homme mort : on s’obstine contre Jésus, contre son corps, pas seulement contre sa main. La mort est insatiable : après le supplice mortel, il lui faut encore la lance de la mort. Mais que peut-on encore tuer ? La mort a peur d’elle-même, elle craint toujours que son œuvre ne soit pas achevée. Dans les camps de la mort, on a brûlé les corps des Juifs massacrés – comme Edith Stein, fêtée aujourd’hui 9 août, jour de rédaction de ce texte.
Mais la vérité se fait encore entendre ; et c’est l’autre partie de la scène présentée par l’artiste prêtre. L’eau bleue, lumineuse aussi, et bientôt verte, du côté de Jésus est surabondante et baigne de vie toute la terre au pied de la croix. Le sang du côté remplit le calice qui se détache sur fond d’une grande hostie rouge : comme les fruits de la vigne, et de la terre, et du travail des hommes. La vie du Mystère d’Alliance se répand sur la terre entière, bien au-delà de la table des noces de Cana.
La violence obstinée de la mort est emportée par la puissance des sacrements de baptême et d’eucharistie :
« Pendant le repas, Jésus prit du pain et, après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit ; puis, le donnant aux disciples, il dit : ‘Prenez, mangez, ceci est mon corps’. Puis il prit une coupe et, après avoir rendu grâce, il la leur donna en disant : ‘Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude, pour le pardon des péchés’ » (Mt 26, 27-28).
« Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. »
(Jn 6, 54).
[Le Chemin de croix de l’église de Notre-Dame du Val de Bussy Saint-Georges (77), conçu et réalisé en 2009, par Claire Lamure et Annette Fressin reprend la même figuration pour cette scène.]

Treizième station : Jésus est déposé de la croix et remis à sa mère
Telle qu’elle est représentée ici, cette scène ne figure pas dans les évangiles ; mais elle est célèbre par les nombreuses œuvres d’art, notamment la Pieta de Michel-Ange. Les évangiles rapportent seulement que Joseph d’Arimathie prend l’initiative de demander à Pilate le corps de Jésus ; ainsi, Jésus est déposé de la croix. Ici, cette déposition de la croix n’est pas figurée. Car les représentations du Chemin de croix se partagent entre deux types de figuration : soit la déposition de la croix, soit Jésus remis à sa mère ; une seule image ne suffit pas pour les deux moments. Cela dit, ici, le Chemin de croix souligne ce moment privilégié entre Marie et Jésus, comme à la 4ème station, la rencontre de Marie et Jésus sur le Chemin. Très souvent, d’autres personnages figurent à cette station, notamment ceux qui ont déposé Jésus de la croix et qui se préparent à son ensevelissement, Joseph d’Arimathie et Nicodème, des saintes femmes.
Ici, Jésus est seul avec Marie. Marie est assise devant la croix encore dressée derrière eux. Jésus repose nu sur la robe qui couvre les cuisses ouvertes de Marie ; Marie soutient ses jambes de son bras droit et son buste de son bras gauche. Jésus n’a pas la tête renversée en arrière comme souvent dans cette scène, comme dans les Piéta. Ici, la tête de Jésus est inclinée sur sa poitrine, toute proche de la poitrine gauche de Marie, de son cœur. C’est bien le corps de Jésus, le corps de cet homme, son fils que soutient Marie. Cela dit, on peut se demander si c’est un mort que tient Marie dans ses bras, mais pas plutôt un nouveau-né, qu’elle berce ; d’ailleurs Jésus est nu, comme à sa naissance. On retrouve la nudité native et innocente (évoquée à la 10ème station), marque inaliénable de la sainteté : maintenant, l’auréole n’est plus du tout masquée par la croix.
La deuxième rencontre de Marie avec Jésus sur ce Chemin porte le poids de la mort quand la première rencontre était allante, marquée par une quasi légèreté (4ème Station). Le vêtement de Marie n’est plus le même ; ample et plus foncé, cette robe semble souligner l’âge de la mère, ce qui était presque gommé dans la première rencontre. Dans la première rencontre, Marie porte un voile léger, presque totalement bleu clair ; ici, ce n’est plus exactement un voile, plutôt la capuche d’une sorte de grande pèlerine, d’un vert qui rappelle la couleur de la croix.
Jésus ne porte plus la croix ; il en est maintenant détaché, elle n’est plus sa compagne. Il a fini de porter le trop de vie et le trop de mort des hommes, leurs élans de joie et leurs accès de violence. Charité, foi et espérance sont désormais les combats des hommes, les combats des pèlerins, et particulièrement de la première d’entre eux. Ainsi, l’auréole de Jésus n’est plus masquée par la croix, mais elle l’est encore par le voile de Marie.
Témoin de la nudité native de Jésus et de ses stigmates, Marie est témoin de sa sainteté native, obéissante du début à la fin de sa vie. Portant la pèlerine verte, elle accompagne tous les pèlerins qui s’engagent sur ce Chemin, tous les pèlerins de la vie confrontés aux ambiguïtés des hommes et à leurs propres ambiguïtés, aux péchés des hommes et à leurs propres péchés ; tous les pèlerins guidés par la charité, la foi et l’espérance.
Si l’on se rappelle la prophétie de Siméon à Marie, le jour de la présentation de Jésus enfant au Temple : « Toi-même, un glaive te transpercera l’âme. Ainsi seront dévoilés les débats de bien des cœurs » (Lc 2, 35), le lien avec la Station précédente éclaire cette 13ème Station ; Marie, voilée du vert de la croix de son Fils, est maintenant appelée à s’associer particulièrement à ce Chemin, au mystère de la vie donnée « pour la multitude » (Mt 26, 28), maternité mystérieuse. Cette nouvelle maternité est évoquée par Jean quand Jésus est sur la croix ; Jésus s’adressant à sa mère, lui dit : « femme, voici ton fils… » et s’adressant au disciple : « voici ta mère… » (cf. Jn 19, 26-27)
On aime représenter Marie vêtue de bleu ; on oublie peut-être trop la pèlerine verte.
« Sainte Marie mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs… »

Quatorzième station : Jésus est mis dans le sépulcre
La mise au tombeau est rapportée par les quatre évangiles. C’est l’initiative de Joseph d’Arimathie « disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs » (Jn 19, 38) ; c’était un « homme riche qui s’était fait lui aussi disciple de Jésus » (Mt 27, 57), un « membre notable du Conseil qui attendait lui aussi le Royaume de Dieu » (Mc 15, 42), un « membre du Conseil, homme droit et juste [qui] ne s’était associé ni au dessein ni aux actes des autres » (Lc 23, 51).
La scène comprend Jésus, bien sûr, et deux personnages seulement, ceux qui s’apprêtent à déposer Jésus « dans le tombeau tout neuf qu’il [Joseph d’Arimathie.] s’était fait creuser dans le rocher » (Mt, 27, 60). Les femmes qui, selon les évangiles (Mt 26, 61, etc.), assistent à cette mise au tombeau ne sont pas représentées. L’évangéliste Jean identifient ces deux personnages : ce sont Joseph d’Arimathie, l’initiateur de ce geste, et Nicodème qui apporte « un mélange de myrrhe et d’aloès » (Jn 19, 39), déjà rencontré dans l’évangile de Jean (Jn 3, 1 ; 7, 50). Ainsi chaque évangile en parle comme d’un homme tourné vers le Royaume annoncé par Jésus.
Jésus repose nu sur un grand linceul qu’ils tiennent l’un au niveau des genoux de Jésus, l’autre au niveau de ses épaules, au-dessus du tombeau où ils s’apprêtent à déposer le corps de Jésus. Le tombeau est vert comme était verte la croix de Jésus, qui n’est désormais plus représentée. Ce tombeau est manifestement plus petit que le corps de Jésus. Avec la croix verte, Jésus avait porté toutes les misères, tous les péchés des hommes, jusqu’à s’y confondre une fois cloué sur la croix : « Celui qui n’avait pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin que, par lui, nous devenions justice de Dieu » écrit saint Paul (2 Co 5, 21). Les misères du monde, le péché du monde sont encore présents au tombeau, vert. Mais le tombeau n’est pas à la taille du corps de Jésus ; il ne pourra le contenir, il ne pourra pas le retenir. Le Chemin de croix, le Chemin de Jésus ne s’arrête pas au tombeau.
Pour ces hommes qui portent le corps de Jésus, la mise au tombeau est œuvre de justice ; elle rend justice à Jésus. Son corps n’est pas laissé à l’abandon. Jésus est inhumé par des croyants ; ainsi, il retrouve sa place dans la communauté des croyants ; la condamnation par les responsables juifs l’en avait exclu. Honorer le corps de Jésus condamné par les grands prêtres c’est reconnaître la vérité de sa vie croyante, de sa vie témoin de la promesse de Dieu. Cette œuvre de justice est le fruit de la justice de Dieu, dont témoignent la passion et la résurrection de Jésus le Christ. C’est ce que disent ces deux hommes quand ils affrontent en ce moment particulier la vérité de la vie de Jésus : une vie de croyant jusqu’à souffrir l’injustice de la condamnation et de la mort.
Les misères du monde, représentées tout au long du Chemin de croix par ces ‘domaines’ colorés de marron, violet, rouge sombre, bleu foncé, etc., étaient jusqu’à maintenant comme distribuées autour de la croix et contenues par elle. Ici, ces domaines convergent vers le noir béant auquel est adossé le tombeau, vers la nuit insensée. Mais le tombeau où l’on dépose Jésus ne pourra le retenir. Bientôt Jésus ouvrira les tombeaux ; la vision de l’évangéliste Matthieu l’indique : « Les tombeaux s’ouvriront et de nombreux corps de saints trépassés ressusciteront » (Mt 27, 52).
Dans le Credo, nous proclamons : « il est descendu aux enfers ».

Quinzième station : Jésus ressuscité
Cette station ne fait pas partie du Chemin de croix traditionnel ; simplement peut-être parce que l’origine du Chemin de croix, attachée à la via dolorosa des pèlerins de Jérusalem (la voie suivie par Jésus portant la croix depuis le tribunal de Pilate jusqu’au Calvaire), ne pouvait s’arrêter qu’au tombeau, à ce tombeau vide d’ailleurs.
Pour représenter la résurrection, les artistes ont souvent montré Jésus sortant du tombeau, de façon plus ou moins réaliste. Les artistes se sont plus à représenter les gardes, les soldats, placés près du tombeau pour écarter les supercheries que suspectaient les responsables juifs (Mt 27, 62-66).
Ce que les évangiles rapportent ce sont des rencontres avec des anges (Mt 28, 2 ; Mc 16, 5 ; Lc 24, 4 ; Jn 20, 12) ; la découverte du tombeau vide par les femmes : « elles ne trouvèrent pas le corps de Jésus » (Lc 24, 3 ; cf. Mt 28, 1-8) ou par Pierre et Jean (Jn 20, 3-10). Viennent ensuite les « apparitions » qui sont toutes des rencontres avec les femmes et les disciples.
Cela dit, on a souvent représenté Jésus sortant du tombeau, mais personne n’a vu cela ; ces représentations répondent d’une certaine façon aux outrages adressés à Jésus sur la croix : « Il a compté sur Dieu, que Dieu le délivre, qu’il s’intéresse à lui » (Mt 27, 43). Ainsi la première prédication de Pierre après la Pentecôte affirme fermement : « Dieu l’a ressuscité ce Jésus, nous en sommes tous témoins » (Ac 2, 32) ; témoins non pas de l’événement lui-même, mais du Ressuscité dans les rencontres ou apparitions que rapportent les évangiles.
Ici, la scène représente une figure très stylisée. Le visage de cette figure n’a pas de trait. Il est blanc comme le buste et les épaules, blanc comme le linge de Véronique et comme partiellement le vêtement de Jésus au long de ce Chemin de croix. Les bras sont prolongés par des sortes d’avant-bras démesurés. Si le tronc est marqué, les jambes ne sont pas clairement identifiables. Cette figure mystérieusement identifiable pourrait faire penser aux mots d’Ignace de Loyola quand il parle de ses visions du Christ (Autobiographie, n° 29).
La figure est soulignée par trois auréoles de couleurs différentes. La première, qui n’est pas exactement une auréole, est d’un jaune clair très lumineux, couleur qui apparaît pour la première fois dans toutes ces scènes. Elle enveloppe le visage de cette figure et, plus largement, les épaules et le buste. La deuxième auréole nous est familière, au moins par sa couleur : c’est celle que Jésus a portée tout au long de ce Chemin. La troisième est rouge, un peu comme est rouge l’hostie représentée sur la scène de la mort de Jésus.
Cette figure étrange se dresse hors d’un cadre marron, situé en bas de la scène, et qui ressemble au tombeau vert de la station précédente. Tout le reste de la scène reprend les couleurs des scènes présentes aux différentes stations du Chemin de croix. Mais cette fois, elles sont mélangées et juxtaposées, dans des formes souples et qui s’interpénètrent à la différence des cadres circonscrits par la croix de Jésus dans les précédentes stations. Toutes les couleurs rencontrées dans les scènes précédentes s’y retrouvent sauf le bleu clair présent dans les vêtements de Jésus et Marie ; sauf aussi l’ocre des visages, des mains et des pieds des hommes et femmes présents sur ce Chemin.
Les couleurs ont été représentées d’abord contenues par la croix, qui les délimitent clairement ; puis, à la mise au tombeau, elles ne sont plus contenues et convergent vers la nuit vide de sens ; enfin, ici, elles sont comme attirées par la liberté et la lumière de cette figure que seul le contexte permet d’identifier. Car, nulle trace des sévices subies par Jésus au cours de la Passion, pas de stigmates, pas même la trace du coup de lance au côté. Il semblerait que toutes ces couleurs – des couleurs mélangées ; aucune n’est une couleur pure – représentent les différents domaines de l’existence humaine : la vie politique, la vie sociale, la vie professionnelle, la vie familiale, la vie religieuse, etc., sans qu’il soit possible d’affecter une couleur particulière à tel domaine de l’expérience humaine. Mélangées, les couleurs suggèrent par contre combien les différents champs de l’existence humaine sont chargés d’ambiguïtés. Même si la croix permet de les contenir un peu (comme dans les 13 premières stations), ce sont bien ces ambiguïtés auxquelles seront confrontés ceux et celles qui suivront ce Chemin. Montrant toutes ces couleurs comme aspirées par la lumière du Ressuscité, c’est alors l’effet de la résurrection qui souligne l’événement de la résurrection. Sans ces effets de la résurrection, il n’y aurait pas de résurrection pour nous. Il nous reste à faire vivre l’ocre des visages, c’est-à-dire à nous laisser aspirer et, bientôt transfigurer comme le Ressuscité. Car ce blanc du visage, en tête de la scène reprend avec une belle insistance le blanc comme neige de la Transfiguration. En tête de la scène, ce visage se présente comme « le premier né », comme le célèbre saint Paul : « Il est l’image du Dieu invisible, Premier-né de toute créature… Il est le commencement, Premier-né d’entre les morts » (Col 1, 15-18).
« Le Seigneur Dieu est un soleil, il est un bouclier. Le Seigneur donne la grâce, il donne la gloire. » (Ps 83, 12).
« Son éclat est pareil à la lumière ; deux rayons sortent de ses mains : là se tient cachée sa puissance. » (Ha 3, 4).

Seizième station : Jésus est monté au ciel – ascension
Cette station ne fait pas partie du Chemin de croix traditionnel ; par contre, elle est bien présente dans l’évangile de Luc et les Actes des Apôtres (écrit par Luc aussi) ; très explicitement chez Luc (Lc 24, 50 ; Ac 1, 9-11) et chez Marc (implicitement peut-être chez Matthieu Mt 28, 16-20) ; mais pas chez Jean.
Ici, la scène se présente de façon simple : un groupe de personnes debout forment un cercle et regardent vers le ciel ; le ciel est représenté sous forme d’une sorte d’auréole blanche, tronquée, et située au centre d’un ensemble de bandes concentriques jaune pour la première, et vertes pour les trois suivantes, en différentes nuances, du plus clair au plus sombre, et d’une dernière bande sombre, marron foncé, quasiment noire. Cette sorte d’auréole blanche reprend le blanc et le jaune de la figure du Ressuscité, à la station précédente ; mais le visage attendu de cette sorte d’auréole est absent. Au milieu du cercle formé par les personnages, se trouve un espace vert portant les traces de deux pieds figurées en blanc ; trois grandes bandes de couleur sombre descendent de cet espace vert jusqu’au bord inférieur de la scène. Les personnages occupent l’espace de façon telle qu’on les voit comme superposés à ces différentes bandes.
Les personnages sont tous auréolés, certains avec une auréole semblable à celle de Jésus et d’autres avec une auréole rouge qui peut rappeler l’hostie de la 13ème station (la mort de Jésus), un sur deux ; de même, ils portent des vêtements rouge ou violet, un sur deux. Deux d’entre eux se tiennent nettement par les épaules, trois ou quatre de dos au premier plan se tiennent par les bras, un peu comme de solides compagnons.
La représentation proposée vise clairement l’Ascension, selon la relation de Luc dans les Actes des apôtres. Parlant de Jésus, « une nuée vint le soustraire à leur regard » (Ac 1, 9) ; mais après cela, le récit des Actes indique que « deux hommes en vêtements blancs se trouvèrent à leur côté et leur dirent : ‘Gens de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ?… » (Ac 1, 10). Les personnages représentés regardent effectivement vers le ciel. Tout cela était comme annoncé par Jésus, dans sa prière au milieu de ses disciples, avant sa passion : « Désormais je ne suis plus dans le monde ; eux restent dans le monde tandis que moi je vais à toi. Père saint… » (Jn 17, 11)
La représentation proposée pose deux ou trois questions.
Tout d’abord, qu’est-ce que cet espace vert avec la trace de deux pieds ? On observe que, de cet espace, convergent – ou plutôt s’éloignent – trois sortes de chemin ; deux sont marrons, à droite et à gauche, celui du centre est quasiment noir. Ces trois chemins rejoignent le bas de la scène, son bord extérieur. Pourquoi dire que ce sont des sortes de chemin ? Parce que l’empreinte de ces pas est orientée vers eux, comme une invitation à prendre ces chemins, ou à accueillir ceux qui en viennent, et non orientés vers la nuée du ciel. Tout ce jeu de couleurs renvoie de façon allusive à certaines des couleurs rencontrées sur ce Chemin. La trace des pieds est blanche, indiquant ainsi à qui ils peuvent appartenir. Mais avec l’ascension, le Chemin de Jésus n’est plus sur terre, comme il l’a été autrefois. C’est aux apôtres d’aller maintenant.
Cet espace vert invite à articuler la nuée et les chemins tracés à venir des apôtres. La nuée est clairement représentée par la sorte d’auréole blanche tronquée et la première bande jaune ; ces couleurs reprennent fidèlement celle de la figure du ressuscité à la station précédente. Et la couleur verte de cet espace, elle, évoque la croix de Jésus et ses enjeux, déjà présents au tombeau, mais aussi avec le bassin du lavement des mains déjà signe des ambiguïtés des hommes. La croix verte, signe de mort et de vie, est présente partout où les enjeux de la vie des hommes sont ébranlés, mis en cause. Tous les domaines de l’existence sont concernés, comme le rappellent les couleurs sombres de ces trois chemins.
Enfin, surprenant sans doute, pourquoi les personnages sont-ils au nombre de quatorze ? À ce moment, les apôtres ne sont plus que onze, en fait, puisque Judas n’est plus là. On oublie Marie ? Mais aucun d’entre eux ne porte un voile, ni une robe bleue, ni une pèlerine verte. « On prêchera en son nom [le nom du Christ] la conversion à toutes les nations. C’est vous qui en êtes les témoins. » (Lc 24, 47-48). «De toutes les nations faites des disciples. » (Mt 28, 19). Difficile de remplir ce programme à onze ; c’est un message adressé à tous ceux qui reconnaissent les pas de Jésus sur cette voie verte, vert des ambiguïtés de la vie, vert des disponibilités aux chemins des hommes et des femmes, y compris les plus sombres, les chemins de leurs souffrances et de leurs péchés : vert d’une espérance qui n’a pas déserté le monde. S’explique alors peut-être cette couleur violette du vêtement de la moitié de ces personnages, alors que les autres portent un vêtement plutôt rouge, un peu comme beaucoup des personnages rencontrés sur ce Chemin. Cette couleur apparaît pour la première fois sur ce Chemin ; elle désigne des personnages d’un autre monde, d’un nouvel univers. La voie apostolique est ouverte au-delà du premier cercle des Apôtres, au-delà des premiers baptisés à Jérusalem ; bientôt, des hommes de toutes races, de tous pays seront aussi témoins. Le livre des Actes le rapporte déjà, ainsi que les Lettres de saint Paul. Ces personnages sont ensemble et se soutiennent les uns les autres ; leur tâche appelle cette unité pour travailler le champ des diverses nations, le champ de toutes les expériences humaines, les plus lumineuses et les plus sombres ; tel est le domaine qu’ils leur faut arpenter.
Ce Chemin de croix de Savigny est la troisième œuvre – et la dernière, semble-t-il – de Louis Ribes sur ce thème. On note avec curiosité le titre de son petit livre de 1952 : « Le chemin de la croix ». (et non ‘‘Le Chemin de croix’’). Cette façon de dire conviendrait particulièrement au Chemin de croix de Savigny ; comme tout autre Chemin de croix, il se présente bien comme chemin « de Jésus » ; mais avec ces deux stations ajoutées, il se présente aussi comme chemin « de la croix ». Avec la station de la Résurrection, le mystère de croix et résurrection s’est accompli en Jésus le Christ, à la fin de son chemin de croix ; avec la station de l’Ascension, le mystère de croix et résurrection est appelé à s’accomplir pour tous les hommes, à la fin du chemin de la croix dans le monde.
Chemin de croix et Chemin de la croix : le mystère de présence du Christ Sauveur appelle l’Église à faire cheminer la croix du Sauveur au cœur du monde.
« Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. » (Mt 28, 20).
« Si vous avez de l’amour les uns pour les autres, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples. » (Jn 13, 35 ; cf. 15, 14-17).
Église de Savigny – Le Chemin de croix
Notice proposée pour répondre à la curiosité des visiteurs et à leur libre dévotion, préparée à l’intention de :
L’Association Savigny Patrimoine qui assure régulièrement la visite de l’église.
La Communauté catholique de Savigny, aujourd’hui rattachée à la Paroisse Notre-Dame de la Brévenne, 4, rue du Presbytère – 69690 Bessenay.
Le Chemin de croix présent dans cette église est une œuvre très remarquable, réalisée en 1977, par un prêtre artiste de Lyon, Louis Ribes, qui signe RIB (1920-1994). L’œuvre diverse de ce prêtre compte un autre Chemin de croix pour l’église presque voisine Saint-Pierre Saint-Paul de Chambost-Allières (1960-1962), mais aussi des vitraux, etc. De nombreux artistes ont réalisé un Chemin de croix : Matisse à la chapelle de Vence, etc.
Le Chemin de croix a été imaginé il y a très longtemps, à l’intention des croyants qui ne pouvaient pas aller en pèlerinage au tombeau du Christ à Jérusalem. C’est aujourd’hui encore un acte de dévotion, privée ou communautaire, pratiqué par les catholiques, occasion pour eux de méditer les étapes qui ont conduit Jésus de sa condamnation par Pilate à sa mort sur la Croix au calvaire. Le Chemin de croix compte traditionnellement 14 « stations » disposées dans un lieu de culte. On en trouve quelques-uns en extérieur, par exemple à Lourdes. Il est parfois pratiqué dans la rue, le Vendredi Saint.
On chantait souvent une strophe du Stabat Mater dolorosa [La mère en sa douleur se tenait debout près de la croix], hymne du 13ème siècle. C’était une invitation à partager la souffrance de Marie et à s’associer à celles de Jésus, mort pour nos péchés ; cette face sombre du Mystère de la croix, voie du salut pour tous les hommes, ne fait qu’un avec la face lumineuse de la Résurrection, selon la tradition chrétienne.
Le Chemin de croix se démarque des récits évangéliques sur plusieurs points : les chutes ne sont pas citées dans les Évangiles, ni les rencontres avec Marie et Véronique, ni non plus la remise de Jésus à sa mère, après la descente de croix. Ces stations ont été introduites par la piété populaire.
Louis Ribes se démarque à son tour du Chemin de croix traditionnel ; il ajoute deux stations : le Ressuscité et l’Ascension. Il se démarque aussi sur la figuration habituelle de plusieurs stations, comme on l’indique ci-dessous.
Cet artiste manifeste sa sensibilité de prêtre dans les représentations qu’il propose pour cette dévotion. Tout d’abord, la violence, sans être gommée, n’est pas au-devant des scènes ; d’ailleurs, Jésus ne porte pas la couronne d’épines, mais seulement l’auréole lumineuse; les autres condamnés sont absents, les soldats romains ne frappent pas Jésus. Même l’écriteau indiquant le motif de la condamnation est absent : « INRI », Jésus de Nazareth, Roi des Juifs ; ces derniers sont comme laissés de côté. Pas de foule non plus qui accentuerait le caractère dramatique des scènes. Suivre ce Chemin de croix ne permet guère de faire porter à d’autres la charge de l’événement : le croyant est renvoyé à ses responsabilités de pécheur, qui a offensé Dieu, et que Jésus est venu sauver selon la tradition chrétienne.
Ici, le Chemin de croix débute ses 16 stations en bas du bas-côté gauche (7 stations) ; il se poursuit en haut du bas-côté droit (7 stations) avant de se conclure par les deux stations supplémentaires – Jésus ressuscité et Jésus monté au ciel – de part et d’autre du portail. La Résurrection figure parfois dans les Chemins de croix au 20ème siècle ; par contre, introduire l’ Ascension paraît tout à fait exceptionnel.
Le dessin est très clair, d’allure géométrique, et très coloré (peinture sur bois). Les scènes sont très sobres, centrées sur la personne de Jésus : pas de témoin, pas de foule, pas de groupe de soldats, qui accentueraient le drame et la représentation des souffrances ; pas de couronne d’épines non plus ; ni les deux autres crucifiés, le ‘bon larron’ et son comparse.
L’œuvre invite à contempler Jésus, à suivre son Chemin, à se joindre ainsi à ses disciples.
1ère Station. Pilate et Jésus. Pilate joue le jeu des accusateurs de Jésus, adopte leurs mensonges ; il « s’en lave les mains » et livre Jésus à la mort de la croix. L’heure de Jésus est heure de vérité. « Es-tu le roi des Juifs ? » demande Pilate ; « Tu le dis » : Jésus assume la vérité de sa mission, annoncer le Royaume de Dieu. Dans un psaume, on peut lire : « Le salut d’un roi n’est pas dans son armée» (Ps 32, 16-19).
2ème Station. Jésus est chargé de la croix. La croix, malgré tout, est verte, signe de vie. Le condamné devait porter l’instrument de son supplice. Les juifs n’avaient pas le pouvoir de mise à mort, réservée à l’autorité romaine. La crucifixion était réservée en principe aux crimes contre l’autorité.
3ème Station. Jésus tombe. Jésus est montré seul, pas de soldat, pas de moqueur, pas de curieux, pas d’amis ; seul comme les pauvres sont seuls devant l’adversité. Jésus consent à cette épreuve des pauvres en témoin du Dieu des pauvres, penseront sans doute les chrétiens.
4ème Station. Jésus rencontre Marie. Ils sont seuls sans témoin. Seule scène où les personnages marchent, et avec légèreté pour Marie, semble-t-il ; habituellement, c’est son affliction qui est soulignée. C’est l’heure de marcher dans la foi : mystère de vie porté par Marie, mystère d’ Alliance porté par Jésus.
5ème Station. Simon de Cyrène. Simon assiste celui qui n’en peut plus, les pieds figés au sol ; la croix masque même le visage de Jésus. Les mains de Simon sont placées comme pour la prière ; il se charge pour décharger ; son geste est comme un appel à tous les hommes, une prière ouverte à la charité.
6ème Station. Véronique. Après le geste d’un homme, geste de force et de charité, c’est le geste d’une femme, geste d’apaisement, de révérence qui honore toute dignité humaine; elle cherche la vérité de la figure humaine de Jésus : sa « sainte face » (cf. le nom complet de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face). Jésus se penche vers cette femme pour accepter son geste et déposer sur ce linge immaculé un visage promesse d’espérance. Dans un psaume, on peut lire : « Qui regarde vers lui resplendira » (Ps 33, 6).
7ème Station. Jésus tombe une deuxième fois. Cette fois-ci, la croix chute elle aussi ; elle est représentée dans un équilibre improbable ; le montant transversal barre le Chemin : le visage replié de Jésus montre qu’il ne peut plus regarder devant lui. Jésus ne maîtrise plus la croix. L’espérance offerte à Véronique est radicalement mise à l’épreuve.
8ème Station. Les filles de Jérusalem. Jésus leur parle, un pied en avant, comme celui qui sait où il va. D’ailleurs de la main droite, il montre le Chemin ; et leur adresse une invitation au discernement: dans la foi de Marie, la charité de Simon, l’espérance de Véronique. Dans l’Évangile de Jean on peut lire cette phrase de Jésus : « Je suis le chemin, la vérité, la vie » (Jn 14, 6).
9ème Station. Jésus tombe une 3ème fois. Jésus s’effondre de tout son long, sans rien à quoi s’accrocher. Sous le poids de la croix, le sol s’est comme effondré lui aussi : impuissance totale à monter jusqu’au calvaire.
10ème Station. Jésus dépouillé de ses vêtements. La nudité forcée est évidemment infamante, infernale même. Ici c’est aussi une condition du supplice. Le geste du bourreau paraît cependant délicat, respectueux d’une tunique de qualité (Jn 19, 23-24), face à face. C’est bientôt la nudité de l’innocence d’une vie dans la main de Dieu.
11ème Station. Jésus en croix. Surprenant : la croix est déjà dressée. De ce fait, Jésus et les bourreaux sont debout : celui de gauche est sur la pointe des pieds, comme Jésus, aidé par l’autre bourreau à se tenir à hauteur de la croix. Dans l’Évangile de saint Jean, on peut lire cette parole de Jésus : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tous les hommes» (In 12, 32), ce qu’il semble commencer à faire avec ses bourreaux.
12ème Station. La mort de Jésus. Souvent cette station montre Marie et Jean au pied de la croix. Le prêtre choisit de représenter le coup de lance qui perce le cœur de Jésus. L’eau et le sang, symboles du baptême et de l’eucharistie, jaillissent de ce corps donné. Pour les chrétiens, la violence de la mort est emportée par la surabondance des sacrements ; le Christ est le salut, la vie. Quand l’Eglise célèbre l’eucharistie, elle souvient de la Parole de Jésus : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle » (Jn 6,54).
13ème Station. Jésus est déposé de la croix et remis à sa mère. Cette scène, absente des Evangiles, est très présente dans les esprits à cause, notamment, de la Pieta de Michel-Ange. Jésus est seul avec Marie qui le tient plutôt comme un nouveau-né que comme un défunt: on dirait qu’elle berce son enfant, son innocent, le saint de Dieu. On peut penser à la prière du Je vous salue : « Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous… »
14ème Station. Jésus est mis au tombeau. Seuls deux personnages interviennent : Joseph d’Arimathie et Nicodème (Jn 19, 38-42). Toutes les couleurs rencontrées au long de ce Chemin, évoquant les ambiguïtés du monde, convergent vers le noir du tombeau, vers son non-sens. Le tombeau lui-même est vert comme la croix. Et il est trop petit pour le corps de Jésus. Le tombeau ne pourra pas retenir ce corps. Surabondante de miséricorde, la vie de Jésus débordera de ce tombeau, qui ne pourra le retenir, selon la tradition chrétienne.
15ème Station. Jésus ressuscité. Avec une vue mystique, le prêtre invite à contempler une figure lumineuse, qui éclaire, plus ou moins, toutes les réalités humaines, représentées par ces espaces colorés et mélangés, à la différence des scènes précédentes qui cantonnent chaque couleur. Pour les chrétiens, les réalités du monde sont appelées à vivre de la vie du Ressuscité.
16ème Station. Jésus est monté au ciel. La lumière du ressuscité est présente. Les réalités humaines sont saisies, en vagues successives jusqu’au vert sombre, par cette lumière. L’empreinte des pieds du Ressuscité s’impose au milieu de la scène ; comme toute empreinte, elle dit une présence. Ces pieds sont orientés en direction des trois voies suggérées en marron et rouge foncé, tournées vers l’extérieur du cercle des disciples ; Jésus leur disait d’aller dans le monde entier (cf. Mt 29, 19-20). Pour l’instant, les disciples se serrent les coudes, comme d’heureux compagnons ; ils sont au nombre de 14, plus que les 11 apôtres (Judas n’est plus parmi eux). Avec leurs différences, en violet et en rouge, ils représentent l’Église, miséreuse et ardente, « empreinte » du Christ dans le monde. Avant d’être arrêté, Jésus disait à ses apôtres : « Si vous avez de l’amour les uns pour les autres, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples » (Jn 13, 55).
Références Bibliques : leurs abréviations
Ancien Testament
Ez Livre du prophète Ézéchiel
Ha Livre du prophète Habaquq
Is Livre du Prophète Isaïe
Sg Livre de la Sagesse
1 Sam Premier livre de Samuel
Ps Psaume
Tb Livre de Tobie
Nouveau Testament
Ac Actes des Apôtres
2 Co 2ème Lettre de Paul aux Corinthiens
Col Lettre de Paul aux Colossiens
Gal Lettre de Paul aux Galates
Jn Évangile de saint Jean
Lc Évangile de saint Luc
Mt Évangile de saint Matthieu
Rm Lettre de Paul aux Romains
Ph Lettre de Paul aux Philippiens
À propos de la dévotion du « Chemin de croix »
Le Chemin de croix est une pratique ancienne qui rappelle le pèlerinage à Jérusalem et les « stations du Christ » dans les différents lieux de la Passion, depuis le Jardin des oliviers jusqu’au tombeau. Depuis le XVème siècle, selon les époques et les endroits, cette dévotion a compté de 6 ou 7 stations et jusqu’à 18 même. Il a aujourd’hui ses règles habituelles. L’existence de prescriptions tient pour l’essentiel au fait que l’Église a attaché une indulgence à la pratique de cette dévotion [cf. A. Bride, «Chemin de la croix», Catholicisme 1I, col. 1035-1039. La législation canonique des indulgences a été revue après Vatican II : cf. Indulgentiarum doctrina, janvier 1967, AAS 59 (1967) 5-24, tr. fr. OC 1525 (1967) 197 sv. et Code de droit canonique annoté, Paris, Cerf-Tardy, 1989, p. 542-544.]. Le « Manuel des indulgences » de 1968 précise les conditions requises pour l’indulgence plénière :
« Cet exercice doit se faire devant les stations du chemin de la croix légitimement érigées. Pour ériger le chemin de la croix il faut quatorze croix, auxquelles on a utilement l’habitude d’ajouter autant de tableaux ou images représentant les stations de Jérusalem. Selon l’usage le plus commun, l’exercice consiste en quatorze lectures pieuses accompagnées de quelques prières vocales. Cependant pour accomplir le pieux exercice, seule est requise la méditation de la Passion et de la Mort du Seigneur. On doit se déplacer d’une station à l’autre.
Si le pieux exercice se fait publiquement et que le mouvement de toutes les personnes présentes ne puisse avoir lieu sans désordre, il suffit que se rende à chacune des stations au moins celui qui dirige l’exercice, tandis que les autres restent à leur place. »
Ces textes suffisent pour rappeler la liberté attachée à la pratique de cette dévotion.
Voici les 14 stations qui composent aujourd’hui le chemin de la croix : 1. Jésus est condamné à mort ; 2. Jésus est chargé de sa croix ; 3. Jésus tombe sous le poids de sa croix ; 4. Jésus rencontre sa très sainte Mère ; 5. Simon le Cyrénéen aide Jésus à porter sa croix ; 6. Une femme pieuse essuie la face de Jésus-Christ (souvent désignée Véronique) ; 7. Jésus tombe pour la seconde fois ; 8. Jésus console les filles d’Israël qui le suivent ; 9. Jésus tombe pour la troisième fois ; 10. Jésus est dépouillé de ses vêtements ; 11. Jésus est attaché à la croix ; 12. Jésus meurt sur la croix ; 13. Jésus est déposé de la croix et remis à sa mère ; 14. Jésus est mis dans le sépulcre.
Le Chemin de croix propose de suivre Jésus du prétoire où siège Pilate (1ère station : la condamnation) jusqu’au tombeau situé à proximité du lieu de la crucifixion (14ème station). Plusieurs de ces scènes n’ont pas d’équivalent dans les récits évangéliques : les chutes, la rencontre avec Marie, la rencontre avec Véronique, Jésus remis à sa mère (les stations 3, 4, 6, 7, 9 et 13). La piété des chrétiens a, en quelque sorte, enrichi ce Chemin par des stations qui se sont aujourd’hui imposées, notamment comme témoignages de l’humanité de Jésus. En allant d’une station à l’autre, on chantait autrefois (et aujourd’hui encore selon les endroits) une strophe du Stabat Mater (séquence propre à la fête de N-D des Sept Douleurs) :
« Stabat Mater, istud agas, Crucifixi fige plagas, Cordi meo valide ». Soit : Ô Mère sainte, voici ce que je vous demande : marquez mon cœur des plaies du Crucifié, en profondes stigmates.
Aujourd’hui, on ajoute parfois une quinzième station : la résurrection, pour que le chemin de croix trouve sa conclusion dans le Mystère pascal, mystère de mort et de résurrection. [Cf. Patrick Prétot, osb « Chemin de croix et mystère pascal : faut-il une quinzième station ? », in Chroniques d’art sacré, n° 199, automne 1999, p. 9-13]
Mais on connaît aussi des Chemins de croix récents qui, tout en conservant le même nombre de stations, s’éloignent largement de ces 14 stations traditionnelles. Exemples : le Chemin de croix, œuvre de Patrick Marquès (2012), qui se trouve en l’église Saint-Clair de Brignais, dans la banlieue de Lyon. Il débute au Jardin des Oliviers et les stations du Chemin de croix traditionnel qui ne se trouvent pas dans les évangiles sont écartées, au bénéfice d’autres ‘stations’. Soit : 1. Gethsémani ; 2. Trahison de Judas ; 3. Le Sanhédrin. Jésus condamné par le Sanhédrin ; 4. Reniement de Pierre. Jésus renié par Pierre ; 5. Pilate. Jésus jugé par Pilate ; 6. Couronnement d’épines. Jésus flagellé et couronné d’épines ; 7. Poids de la croix. Jésus chargé de sa croix ; 8. Simon de Cyrène. Simon de Cyrène aide Jésus ; 9. Femmes de Jérusalem. Rencontre avec les femmes de Jérusalem ; 10. Crucifixion. Jésus cloué sur la croix ; 11. Le bon larron. La promesse au bon larron ; 12. Marie. Jésus confie sa mère à Jean ; 13. Mort sur la croix. Jésus meurt sur la croix ; 14. Au tombeau. Jésus est mis au tombeau. Sept des stations traditionnelles sont ainsi écartées. En effet, les paroissiens ont été consultés : ils ont souhaité « une évocation historique de la Passion qui permette de revivre la Passion du Christ, dans son humanité, sa souffrance et son courage, et qu’elle rejoigne la recherche spirituelle de chacun » (op. cité ci-après, p. 12). [Les titres des stations sont ceux indiqués dans le livre « Chemin de croix de l’église de Brignais. Via Crucis. Une œuvre de Patrick Marquès », Association Culturelle Saint-Clair, édition Parole et Silence 2015.]. Le Chemin de croix créé en 1993 par Cécile Bouvarel pour l’église Saint-Ferdinand des Ternes (Paris) débute à la Cène. Il y a certainement bien d’autres exemples.
Ici, RIB ajoute même une 16ème station : l’Ascension. Il semblerait que ce soit une première, sinon même le seul exemple.
Cela dit, il est bon de se rappeler que le Chemin de croix est très généralement disposé dans les églises, et souvent même, comme à l’église de Savigny de part et d’autre de l’autel, puisque la première partie va de l’entrée de l’église jusqu’à l’autel et la deuxième partie revient de l’autel jusqu’à la sortie de l’église, comme un Ite missa est. Il encadre l’autel, lieu par excellence de l’eucharistie, mémorial de la Cène. Mais il est vrai que l’installation sous cette forme n’est pas systématique. Dans certaines églises, le chemin de croix débute au pied du chœur, descend jusqu’au fond de l’église, remonte de l’autre côté et s’achève à l’entrée du chœur (par exemple : église Notre-Dame à Versailles).
Dernière remarque : on observe que le début du Chemin de croix traditionnel est situé devant Pilate ; il écarte ainsi deux ou trois épisodes qui mettent en cause :
– Trois ‘endormis’, Pierre, Jacques et Jean qui n’ont pas su accompagner Jésus dans la nuit de prière au Jardin des oliviers,
– le traître, Judas, qui conduit la troupe chargée de se saisir de Jésus, et de l’arrêter,
– Caïphe, les Grands prêtres et le Sanhédrin qui décident de la mort de Jésus.
Ainsi, le monde juif est relativement tenu à l’écart du Chemin de croix, sauf en deux épisodes : les filles de Jérusalem et la mise au tombeau (les rencontres avec Marie ne figurent pas dans les évangiles), qui soulignent la bienveillance de ces femmes et de ces hommes juifs. Seule la mort de Jésus peut laisser place aux sarcasmes des spectateurs ; mais souvent cette station met en évidence Marie et Jean, qui orientent le commentaire sur les paroles de Jésus et non sur la perversité de ceux qui ont obtenu sa crucifixion. Certains Chemins de croix qui font figurer divers personnages, soldats et autres, aux différentes stations, introduisent la présence de responsables juifs ; ils sont souvent identifiables à leur longue tunique et leur turban, selon une représentation traditionnelle ; voir par exemple le chemin de croix de l’église Saint-Jacques Saint-Christophe de Houdan (ce chemin de croix en plâtre semblerait être un modèle standard d’un fournisseur religieux, peut-être de la fin du XIXème siècle). D’une certaine façon, cette présentation du Chemin de croix tend à exonérer les Juifs de la passion de Jésus, en les tenant à l’écart du Chemin de croix. De ce point de vue, le Chemin de croix qui ignore et laisse de côté les Juifs tranche avec la liturgie ancienne qui, dans la liturgie du Vendredi saint, évoquait ainsi le peuple juif : « Juifs infidèles…, n’ont point voulu croire [traduction de l’expression perfidis Judaeis]…, peuple aveuglé… » (« Liturgie du Vendredi saint », Missel vespéral romain, Dom Lefebvre, 1956, p. 513) ; on le sait perfidis a souvent été compris perfides, traduction inexacte).
Louis Ribes – RIB
Né le 18 Septembre 1920 à Grammond (Loire).
Ordonné prêtre le 28 Juin 1947.
Il reçoit des charges d’enseignant en lettres et théologie ; soit :
1947 : Professeur à l’École cléricale de Saint Martin en Haut.
Octobre 1951 : Professeur au Séminaire de « vocations tardives » de Chessy.
Juillet 1968 : Professeur au Séminaire « d’Aînés » de Vienne.
Décédé le 29 Août 1994 à Vienne (Isère).
[source : la succincte notice nécrologique aimablement transmise par le service des Archives du diocèse de Lyon ; cette notice ne dit rien de la formation artistique de Louis Ribes : il était, semble-t-il, autodidacte en ces domaines].
RIB – Pseudonyme de Louis Ribes.
Albert Gros, « Louis Ribes, 1920-1994, un prêtre artiste et homme de Lettres », Revue d’Histoire religieuse du Pays de l’Ain, n° 12, 2016 (p. 71-86).
« Louis Ribes, peintre et illustrateur à l’imagination sans fin », in Prêtres et artistes du diocèse de Lyon, XXè-XXIè siècle, collectif, dir. Violaine Savereux-Courtin, réalisation Commission d’art sacré du diocèse de Lyon, éd. LieuxDits, Lyon 2020, p. 6 ; 12-15 ; 92-95 ; 4 de couverture (avec 10 reproductions)
Œuvres artistiques :
– Image de dévotion de RIB
Jean Pirotte, Maître de recherches au FNRS, chargé de cours à l’université de Louvain :
« L’empreinte des gens d’Église sur les images de dévotion. Les images diffusées dans le Namurois de 1840 à 1965 » Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, Tome 98, numéro 2, 1991, p. 131-146.
[Dessin avec une phrase de méditation :] « Les murs de la séparation ne montent pas jusqu’au ciel. Une préfiguration de l’église totale qui se construit ; on voit une église en quête d’unité déplorer la présence de murs de séparation. » p. 139.
« Image portant la date de 1957 ; elle est signée RIB (l’abbé Louis Ribes). Cette image porte au verso la date imprimée de 1957, mais on sait qu’elle fut déjà réalisée et diffusée dès 1946. Voir Étienne Fouilloux, Les catholiques et l’unité chrétienne du XIXè au XXè siècle. Itinéraires européens d’expression française. Paris, 1982, p. 630 et 631. » p. 146.
– Vitraux et Dessins : Pierre Julien, « Un sanctuaire lyonnais dédié aux saints Côme et Damien », Revue d’histoire de la pharmacie, 58ème année, n° 207, 1970, p. 243-251. Cette Église, construite à Caluire en 1961-62, est bénite par Mgr Gerlier en 1962. Elle comprend 10 petits vitraux 70×72, disposés en trois groupes posés en 1967, sur des cartons de Louis Ribes. Vingt dessins à la plume et l’encre de Chine de Louis Ribes illustrent cet article.
– Vitraux : église Notre-Dame de Charly (69390) : les trois vitraux du chœur (avec Robert, Maître verrier), 1965-1970.
– Chemin de Croix :
Le Chemin de la croix, Lyon, A. Michel, 31 p., 1952 (14 illustrations).
Église Saint-Pierre Saint-Paul de Chambost-Allières (1960-1962, huiles sur carton).
Église Saint-André de Savigny (1977, acrylique sur bois).
Illustrateur :
– Robert Morel, Images de la vie de Jésus, Lyon, A. Michel, 1947, 29 p.
Donateur : Pierre-André Benoit.
– Maurice Gilbert, sj, Les louanges du Seigneur, (livre des Psaumes), Desclée.
– Jean Desgenets, Le Terroir, édition Noirétable, 94 p., 1977.
– Jean Vuaillat, Alphabet de Noël – XXV poèmes, édition Aurillac, impr. Gerbert, 1988, 60 p..
– Jean Cussat-Blanc, Aux « Christ » de RIB, (poèmes pour les illustrations de RIB) éd. La Trinité. 4ème jour, 1988, 48 p.
– [Recueil. Œuvres de RIB] :
– Les saints de tous les jours – Février
Description matérielle : 303-[1] p.-[8] p. de pl.
Édition : Paris : le Club du livre chrétien, 1955. Éditeur scientifique : Robert Morel (1922-1990).
Illustrateur : RIB (1920-1994). Donateur : Pierre-André Benoit (1921-1993).
– Les saints de tous les jours – Janvier
Description matérielle : 269-[2] p.-[8] p. de pl.
Édition : Grenoble ; Paris : Arthaud, 1949. Éditeur scientifique : Robert Morel (1922-1990).
Illustrateur : RIB (1920-1994). Donateur : Pierre-André Benoit (1921-1993).
Auteur :
Le bandit, Paris S.E.P.I.A., collection Les cahiers d’Ulysse, 21, 1940
La vallée du silence, Paris S.E.P.I.A., collection Les cahiers d’Ulysse, 12, 1940
Poèmes de la nature, de l’esprit et de la grâce, éd. M. Boin, Bourges 1947. 485 exemplaires, non paginés (129 p.), 30 illustrations de l’auteur, couverture illustrée.
Préface de Stanislas Fumet, Post-face de Pierre-André Benoît, Dédicataire Robert Morel.
Le Chemin de la croix, Lyon, A. Michel, 31 p., 1952 (14 illustrations)
Chemin de Croix – éléments de bibliographie
– P. Sertillanges (1863-1948), « Le chemin de la croix est le chemin de la vie » (p. 5), Le chemin de la croix et pieux exercice, éd. L’art catholique, 1919
– Revue « Chroniques d’Art sacré », n° 59, automne 1999. Ensemble d’articles sur ce thème, p. 6 à 24 (revue éditée par le Centre National de Pastorale Liturgique / Comité national d’art sacré).
