4. Deux affaires, l’Église au pied du mur de ses inconséquences | 26/01/23

Deux affaires, l’Église au pied du mur… de ses inconséquences


Préambule
Pourquoi est-il toujours nécessaire de distinguer une œuvre de son auteur ?
Les deux cas Gouzes puis Ribes en apportent une confirmation éclatante.

Pourquoi, deux ans après, s’intéresser particulièrement au cas du peintre Louis Ribes ? Il en surgira bien d’autres dans d’autres diocèses… C’est précisément cette raison qui nous oblige à manifester que, dans un temps où s’ancrent à nouveau partout dans notre monde les fanatismes, les obscurantismes, les puritanismes, les censures, les bûchers ou les pendaisons, l’Église catholique de France devrait avoir un autre message à transmettre à tous…

Nous l’avons déjà remarqué sur nos pages I à III, avec le “cas d’école” de la musique liturgique de Sylvanès. Notre Église catholique, par ses réactions ambiguës, tièdes et peureuses, a tout faux. Le chantre dominicain du pèlerinage du Rosaire, qui a décidé de supprimer à cette occasion les musiques de Gouzes, est le grand fautif de l’emballement de la Presse, et le mal est fait. Heureusement, le frère Gouzes est atteint d’Alzheimer et ne peut comprendre l’injustice qui lui a été faite (nous revendiquerons ce trait d’humour qui permet de faire un pas de côté afin de distancer le regard).
Nous le redisons, que l’on aime ou que l’on déteste les chants de Sylvanès comme les peintures de Ribes, n’a ici aucune importance.

Ce qui relève de la plus haute importance, c’est qu’une parole différente aurait guéri l’Église en lui permettant de parler avec pertinence du regard nouveau qu’apporte l’Évangile. S’il était réellement vécu, ce regard panserait jusqu’aux blessures terribles des victimes. Au lieu de cela, un séisme de mauvaise conscience a rattrapé prêtres, évêques ou théologiens, toutes celles et tous ceux qui se répandirent en demandant d’écarter, de cacher les œuvres pour un « temps de décence »  ! On a vu leurs têtes contrites au sortir de la conférence de Lourdes, alors que l’Évangile est une parole de brûlante actualité, capable de mettre l’homme et la femme debout !

A Lyon, à Saint-Etienne ou à Grenoble, avait-on besoin d’une lapidation des œuvres (ou de leur mise en cachot obscur) pour se venger de celui qui, mort, ne pouvait plus répondre de ses actes devant la Justice humaine ? Comment ne pas voir que ces nouveaux autodafés ont pour seule fonction de se rassurer et de se donner bonne conscience en argumentant par amalgames, dans la précipitation. Est-ce là le message évangélique ?

Or, ces affaires dépassent de beaucoup l’Église catholique en ses murs, nous l’avons vu avec le cas Gouzes et nous le verrons dans quelques jours avec celui de Ribes. C’est toute notre société laïque qui en prend un coup par ricochet, et c’est tout le “monde de l’art” – croyant ou pas – qui s’en retrouve violemment blessé, sans parler bien sûr des autres églises chrétiennes.

En tuant l’art (“je ne veux pas me présenter comme un spécialiste de l’art… Les œuvres du père Ribes, pédocriminel, ne sont pas de l’art” a osé un évêque), l’Église va jusqu’à tuer la prêtrise. Car l’artiste et le prêtre ont nombre de points en commun…

Dans sa précipitation péremptoire, l’assertion épiscopale ne se fonde malheureusement que sur une impression émotionnelle immédiate ! Niant toute altérité elle affirme – en réalité – qu’il n’y a rien de plus grand que soi.

Telle n’est certainement pas la thèse de l’Église, mais c’est le sentiment qui découle de ses affirmations et de ses actes.

Décrocher les œuvres fait croire à une réponse courageuse, à un acte d’autorité morale, mais c’est une tromperie ! Qu’apporte de mettre de côté les œuvres musicales de Gouzes – pourtant présumé innocent – ? Qu’apporte de cacher les peintures de Ribes – reconnu, quant à lui, coupable de crimes pédophiles, et décédé depuis longtemps – ? Cela ne résout rien, n’apporte rien.

A croire que l’Église elle-même fait tout pour effacer le message du Christ et hâter ainsi la fin du christianisme… Alors que nous connaissons toutes et tous au sein de l’Église tant de femmes saines et saintes et tant d’hommes sains et saints… Alors que l’Institution ecclésiale n’a pas besoin de commissions pour penser ce cas de figure : elle a l’exemple sous le nez ! Les dernières paroles du Christ sur la croix, s’adressant au larron condamné à ses côtés : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui avec moi tu seras dans le paradis » (Luc 23,43).

Ce sont elles, ces dernières paroles du Maître, qui peuvent encore délivrer l’Église d’attitudes émotionnelles infantilisantes. Ce sont elles, ces dernières paroles du Maître, qui devraient pousser l’Église à affirmer sa foi, cette foi qui rend l’Homme libre. Et cela en toutes circonstances. Mêmes les plus condamnables.

Le larron n’était-il pas coupable ?
Et pourtant, l’évangéliste ne nous dissimule pas – lui – ces dernières paroles du Christ. Paroles pourtant contraires, à l’évidence, au respect des victimes de ce condamné à mort et au temps de décence que leurs proches auraient pu revendiquer !

Puissent les pages qui suivront prochainement, construites avec et par les 197 témoignages recueillis par nos comités à ce jour, permettre rapidement un autre regard, une autre attitude et d’autres décisions pour sortir de l’impasse.