LYON fin octobre 2023
démontage des vitraux de Sainte-Catherine
Ils ont osé !
En déposant les vitraux de Sainte Catherine après ceux de Dième, l’Église catholique lyonnaise bafoue ouvertement les principes de la
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
En France, ces principes sont défendus par la Ligue des Droits de l’Homme (LDH). Or, la LDH tient une position très claire face au cas des œuvres du Père Louis Ribes. A travers son Observatoire de la Création Artistique, la LDH énonce :
« Ne pas censurer les œuvres à cause de ce que l’auteur a fait dans la vie réelle.
Aucun tribunal ne validera une telle censure. Tout au contraire, un tribunal ne pourra qu’engager la responsabilité du censeur ».
René Cassin, rédacteur de la Déclaration, Prix Nobel de la Paix en 1968, s’était battu pour imposer dans son intitulé la qualification « d’universelle » au lieu d’internationale, afin de signifier qu’un droit supérieur devait s’imposer aux Etats, aux Nations et à toute institution quelle qu’elle soit.
L’Église de Lyon ne peut y déroger
Enfin, notons que dès son premier article, la Déclaration stipule que les êtres humains naissent « égaux en dignité ». Il s’agit non seulement de respecter d’autres humains, mais aussi de se respecter soi-même. En somme, de rester digne, de savoir se tenir, se retenir ou s’empêcher, afin de ne jamais céder à la haine de l’autre et à la vengeance.

Sera-t-il lui aussi déclaré coupable de crimes ?
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L’enjeu pour toute l’Église de France
Suite aux égarements lyonnais, l’Église catholique de France va-t-elle persister à mépriser les lois de la République ? Voudra-t-elle continuer à bafouer les principes élémentaires de la Justice (aucun droit à la Défense pour le Père Ribes, dans l’affaire lyonnaise). C’en est assez. L’Église catholique ne peut plus passer outre les droits de l’Homme et de la Femme. Elle ne peut plus s’asseoir avec dédain sur les droits de la protection d’une œuvre. Quelle qu’elle soit.
Pour ne pas avoir voulu séparer – dans tous les cas – l’œuvre de son auteur, nous voici toutes et tous confrontés à des conséquences désastreuses. Depuis un an nous alertions. Sans aucune écoute… Comble d’une ironie très amère de l’Histoire, pour un diocèse qui fut primat puisque premier des Gaules, le voici aujourd’hui primat par les graves conséquences de ses décisions pour toute l’Église de France… Car le diocèse de Lyon nous projette désormais dans l’après-christianisme, jetant aux oubliettes ce qui était son fondement de miséricorde et de rédemption, pour les victimes comme pour les criminels… Au regard du Christ, « nul homme ne peut être enfermé dans son passé« . Cela était vrai… jusqu’à l’affaire Ribes.
Le diocèse de Lyon, donne ainsi un très mauvais signal à toute l’Église de France, à toute notre société civile et à nos responsables politiques…
Par sa volonté d’effacer un homme et ses œuvres, le diocèse de Lyon renie définitivement et volontairement – par le choix de l’effacement – ce regard chrétien issu du Jésus de l’Evangile. Les conséquences seront amères et violentes sur l’ensemble de notre territoire. Elles le sont déjà.
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Nous ne nous arrêterons pas dans la recherche
de « la vérité qui rend libre »
même si certains le souhaiteraient.
Vous avez été trop nombreuses et nombreux à nous répondre.
Notre détermination en sort renforcée.
Nous nous appuierons, bien entendu, sur les 87 réponses de prêtres et de religieux, les 49 réponses de religieuses, les 18 réponses de laïcs engagé(e)s reçues – à ce jour – du diocèse de Lyon. Réponses engendrées par la désormais fameuse Newsletter du diocèse exhortant à ne pas nous répondre…
« Vous rendez-vous compte ? On ose nous dire ce que nous devons faire. L’infantilisation est à son comble dans l’Église et vous n’avez pas eu tort d’écrire dans une de vos pages que c’était l’une des grandes causes de la pédocriminalité en son sein (…) ».
Oui, bien sûr, nous nous en rendons compte chaque jour.
À ces 154 réponses des acteurs directs du diocèse de Lyon s’ajoutent la réception de réactions venant de 46 catholiques pratiquant(e)s dans leurs paroisses lyonnaises et 91 en provenance d’autres diocèses. Ces catholiques sont tous scandalisé(e)s par l’exhortation d’un diocèse à ne pas nous répondre… Enfin, 13 conseillères et conseillers municipaux nous interrogent et interrogent l’Église sur les conséquences directes des actes du diocèse de Lyon.
Nous ne sommes pas un « blog » de réactions fondées sur l’émotion. Nous sommes une communauté de réflexion. Nous ne changerons donc pas de cap et continuerons de prendre le temps de réfléchir encore davantage dans les semaines qui viennent.
Vous nous écrivez que vous avez honte et vous nous demandez très directement de persévérer malgré « la gifle reçue par la tranquille arrogance des responsables de ce diocèse, rongé par la mauvaise conscience. Ils se donnent bonne figure en détruisant les œuvres d’un artiste mort au lieu de réfléchir à des solutions de construction comme vous l’avez suggéré à la fin de votre dernière page. Et sans doute y en a-t-il d’autres à envisager« , continue ce curé lyonnais.
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Supprimer un homme et ses œuvres,
Aucune Justice digne de ce nom
n’a jamais pris une telle décision
Aucune Justice digne de ce nom n’a également jamais demandé aux victimes de décider de la peine que méritait un coupable… La conférence de Presse devant le démontage des vitraux de Sainte-Catherine rajoute pour vous tous à l’indignation. « Etiez-vous là ? La parole était aux victimes mais on n’a pas entendu parler du Christ ni de son message nouveau de rédemption, de reconstruction et de pardon (…) J’ai entendu également les réactions sur France-Inter… Tout cela me dégoûte et montre bien une décision « politique » et non pas spirituelle. Le renfort de la curie démontre encore davantage cette « politique » organisée de l’oubli, pour faire croire à une action. Une tromperie !« . Non, chère sœur, nous n’étions pas convié(e)s mais nous avons reçu des échos et une bonne trentaine de réactions similaires à la vôtre…
Une élue d’un village du Lyonnais nous transmet sa colère « Quand je vois le problème que nous avons pour entretenir nos églises et la richesse de l’Église catholique capable de gaspiller tant d’argent, nous devrions remettre en cause la loi de 1905 et laisser l’Institution catholique se débrouiller toute seule. C’est une situation injuste que l’Etat doit prendre en compte pour réviser sa loi. Certainement beaucoup d’élus seraient d’accord avec ma proposition et il faudra bien y venir, puisque l’Institution catholique se croit toujours au dessus des lois« .
Nous avions évoqué dans nos pages ce risque du découragement des élus comme des donateurs à l’Église. Nous y sommes, par l’entêtement et l’aveuglement du diocèse.
Un prêtre nous interroge assez durement pour n’être pas allés assez vite et assez loin… Mais comment pouvions-nous le faire, les responsables du diocèse jouant la surdité depuis notre première lettre du 30 janvier dernier, voici neuf mois.
Le diocèse n’a cessé de distiller des amalgames sur cette affaire pour susciter d’aveugles adhésions, au point que des paroissien(ne)s, des religieuses et des prêtres nous ont écrit, sidéré(e)s par les photos que nous avions publiées de Sainte-Catherine et de Charly… Ils pensaient « voir des enfants nus ou des scènes équivoques à connotation sexuelle« … Or, chacun(e) peut le constater. Rien de tel dans les vitraux que nous avons montrés. « Pouvez-vous réunir et publier d’autres photos des œuvres de Ribes pour que nous sortions de l’ignorance calculée dans laquelle on nous a certainement mises pour éviter toute réflexion« , ajoute une catéchiste. Nous en ajouterons quelques-unes en bas de ce texte.
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Pourtant, les œuvres ne sont coupables de rien
affirme en introduction de notre page l’Observatoire de la liberté de la création
Un autre prêtre lyonnais nous interroge dans une longue réflexion, avec des arguments très développés que nous analyserons au plus vite. Vu la gravité de la situation, il nous reproche fraternellement et avec une certaine violence due à son indignation « d’être beaucoup trop gentils avec une Institution qui a tout simplement perdu le sens de l’Evangile, dont les évêques n’ont le plus souvent aucune culture (…) Ils sont hélas intéressés davantage par leur promotion et par le fait de cacher à tout prix la vérité. Ainsi le père Ribes était-il l’occasion idéale pour tirer à vue et donner l’impression d’une lutte acharnée contre la pédocriminalité, alors qu’ils ne font rien et n’ont jamais rien fait dans ce diocèse à ce sujet, sauf cacher ».
Ce prêtre nous donne ensuite des éléments importants sur d’autres affaires et nous n’en parlerons qu’en cas de nécessité. « (…) Votre appel si juste à la responsabilité face à l’Histoire et l’Histoire de l’Art, ils n’en ont rien à faire et je dirai même, ils ne savent même pas ce que c’est« .
Ce n’est pourtant pas difficile à comprendre car il faudrait détruire pratiquement toutes les œuvres des hommes et des femmes s’il fallait prendre en compte leur « vie réelle ».
« Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre (…) Cela nous ramène à l’humilité nécessaire face à plus grand que soi, au lieu de nous prendre pour Dieu » nous rappelle un théologien.
A cela s’ajoutent aujourd’hui les larmes d’une habitante de Sainte-Catherine « je pleure aujourd’hui car je faisais visiter régulièrement l’église de notre village à des parents de passage et j’étais fière de ces beaux vitraux. On y faisait les jours du patrimoine. Tout à coup, des bruits ont couru, une victime se reconnaissait dans le fils agenouillé, une autre dans l’enfant Jésus du vitrail derrière l’harmonium. Moi je suis persuadée que l’église nous trompe avec cet affolement et surtout qu’elle est trop riche puisqu’elle gaspille tant d’argent. Ma pauvre mère qui avait donné pour nos vitraux doit se retourner dans sa tombe (…)« .
Honte à ces autorités sans sagesse ni courage qui ont voulu empêcher la réflexion et le dialogue, à l’heure même du Synode sur l’avenir de l’Église.
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Et maintenant, que faire ?
Hors la révolte et la tristesse qui nous saisissent toutes et tous suite à une décision et à des actes si lourds de conséquences pour l’avenir de tous les diocèses de France, il nous faut être lucides et factuels.
Malgré la honte devant l’obscurantisme rampant jusques dans notre catholicité, il nous faut chercher à avoir le cœur brûlant et les pieds en marche, comme le demande dernièrement le Pape François…
Alors, proposons encore un chemin pour sortir de l’impasse :
A
Puisqu’il ne restera désormais qu’une seule trace du peintre Louis Ribes – avec Givors qui n’a cependant pas bénéficié d’un ensemble artistique aussi intéressant – sauvons les vitraux de l’église de Charly !
Les conserver est une urgence. Ils sont dans un parfait état. Aucune dépense pour les sauvegarder… Ce sera également « juste » face à l’autre partie des victimes qui ne demandaient pas l’enlèvement des œuvres et qui souffrent de n’avoir pas su parler aussi fort que ceux qui demandaient leur destruction… (nous avons reçu des réactions de victimes trop violentes contre la partie adverse pour décider de les publier).
Rappelons que la décision de détruire ou de cacher globalement, sans distinction, tout le travail de l’artiste s’apparente au « châtiment collectif » interdit y compris en temps de guerre, pour les Hommes comme pour les œuvres…
Encore une fois le diocèse de Lyon ne peut s’enferrer dans cette négation de la création… L’Église peut se tromper, comme chaque être humain. Elle a eu la sagesse dans son histoire mouvementée de revenir sur des mises à l’écart d’hommes et d’œuvres, comme celles du Père Teilhard de Chardin et bien d’autres. Reconnaître ses erreurs, c’est faire preuve d’humanité et d’humilité. Est-ce trop demander ?
B
Nous avons proposé de construire une œuvre de mémoire des victimes au côté de l’église de Charly, en lien avec les autorités locales et les habitants (notre page 10). Les autorités lyonnaises peuvent facilement y travailler et les victimes y trouveront un soulagement car cette œuvre sera expiatoire et agira comme une catharsis. Construire au lieu de détruire. Est-ce trop demander ?
C
Pour respecter les créations artistiques que sont les vitraux malheureusement déjà déposés (on voit mal le diocèse les remonter), il conviendrait de les confier au musée du vitrail afin que tout amateur d’art puisse les voir. A moins que le musée des Beaux-arts de Lyon ne puisse conserver ces œuvres… Un des grands arguments pour les démonter était de répondre à certaines victimes violentées lorsqu’elles se rendaient dans les églises. Nul n’est obligé d’aller au musée. Défendre la liberté. Est-ce trop demander ?
Le geste du peintre Ribes est reconnaissable entre tous, ce qui témoigne de son art
et de son « génie créateur ».
Il revient au diocèse de Lyon de faire face par le « génie du christianisme », capable de relever tout homme et toute femme…
sauf à s’entêter et à renier le regard de miséricorde
apporté par le Jésus des évangiles.
Il revient au diocèse de Lyon de faire face par le « génie humain »…
sauf à mépriser tous les artistes passés, présents et à venir
et à vouloir mépriser les droits de la liberté de la création.


les vitraux de Louis Ribes / église de Sainte-Catherine
