Choisir entre le pouvoir et l’amour
Nous remercions à notre tour les 293 prêtres, religieuses et religieux lyonnais qui nous ont beaucoup touchés en nous adressant de simples « merci » suite à la publication de notre page 13.
1200 à 1500 personnes (selon les estimations) étaient présentes pour lui dire au revoir en la cathédrale !, ajoute l’un d’eux. Que Max Bobichon du haut du ciel soutienne votre engagement, afin que l’art
« nous rende perméables à une réalité qui est affleurement de l’Éternité ».
(Ce prêtre cite la fin de la préface de Max Bobichon au livre « Prêtres et Artistes » reproduite en notre page 13. Livre dont nous attendons rapidement la réédition intégrale pour rendre justice à l’ensemble des prêtres et artistes du diocèse de Lyon).
Depuis, chaque jour nous recevons plusieurs témoignages, dont des dizaines de réflexions et de questionnements en provenance de la quasi totalité des diocèses de France. Chaque jour nous continuons à en recevoir également de Lyon, Saint-Étienne et Grenoble (où le peintre Ribes est davantage connu).
Presque toutes ces correspondances nous demandent si nous connaissons une évolution des décisions du diocèse de Lyon… Comment pouvons-nous répondre ? Puisque les autorités – comme on en a malheureusement l’habitude dans notre Église catholique – esquivent les questions posées. Nous espérons cependant que les responsables lyonnais prennent au sérieux la situation étant donné les enjeux. Il en va de l’autorité de leur parole et de l’engagement futur – en retour – du « peuple de Dieu » (engagement dans la foi et engagement financier car beaucoup de nos lectrices et lecteurs appellent à cesser de verser le denier du culte suite au gaspillage de l’argent investi pour enlever et remplacer les œuvres du peintre Ribes. Nous n’avons pas relayé ces appels mais nous pourrions choisir de le faire un jour)…
Nous n’irons pas plus loin aujourd’hui afin de ne pas préjuger de l’avenir. Laissons encore quelques jours pour la réflexion proposée au diocèse, gardant espoir d’une écoute en cette période de carême…
La sortie du tombeau – nous espérons – est au bout du chemin…
Un chemin de croix
Nous entrons dans le temps qui portera la dévotion populaire de notre Église catholique vers le Chemin de Croix. Vous pourrez découvrir ci-après quelques stations peintes par le Père Louis Ribes, stations « disparues » d’une église dans la tourmente émotionnelle qui suivit les révélations sur l’artiste. Ce Chemin de Croix est original et très intéressant. Il fut réalisé par l’artiste à la demande de Paul Bobichon, prêtre et oncle de Max Bobichon… Nous publions ici la photographie de quelques stations, en réponse à plusieurs prêtres lyonnais nous confiant ne rien connaître de l’œuvre du peintre, ce qui nuit à leur compréhension de la situation. Nous serons amenés à revenir sur ces Chemins de Croix du peintre Ribes, dont l’originalité et le sens ont été remarquablement mis en lumière par un théologien.

nous remercions chaleureusement Marie-Claire Lionnet pour nous avoir permis de publier ses photographies d’un des Chemins de Croix de Louis Ribes
Un témoignage de vérité
Enfin, nous publions ci-après le témoignage saisissant d’une victime (la page d’aujourd’hui lui doit son titre « choisir entre le pouvoir et l’amour »). Sa réflexion pose à notre avis toutes les bonnes questions s’agissant de comprendre comment ont été et sont encore possibles des actes criminels par des clercs (de tout rang), religieux ou religieuses…
(les coupures ont été réalisées avec l’accord de cette correspondante)
« Moi, A., victime bien ancienne d’un prêtre lyonnais (…) J’ai porté cette blessure toute ma vie et je n’ai réussi à en parler qu’à plus de 70 ans passés (…) Je ne vais pas vous raconter ma vie mais une de mes amies m’a présenté votre pétition pour sauver les vitraux du prêtre créateur incriminé. Dans mes premières réactions, j’ai trouvé presque normal de cacher ces œuvres puis nous avons parcouru, plusieurs semaines après, les pages de votre site. Nous avons réfléchi et maintenant ce que vous écrivez parle directement à mon cœur. J’ai donc signé. En effet, c’est ridicule d’aller dépenser de l’argent pour changer des œuvres. J’ai même l’impression que les curés, puisqu’ils ne peuvent s’en prendre à l’homme qui a commis des actes répréhensibles, s’en prennent à ses œuvres, comme pour se venger !
C’est une réaction bien immature, me semble-t-il, en quelque sorte enfantine. J’ai cru comprendre que des associations de victimes avaient demandé de la même façon la disparition des œuvres. Mais elles se trompent totalement (cependant elles sont plus excusables que les curés). En effet, à quoi cela servira-t-il ? Quelle consolation en auront-elles ? de s’être vengées sur les œuvres, comme l’a fait l’évêque du diocèse ? Vous écrivez à un moment que ces décisions du diocèse ont été prises pour donner l’illusion d’une action forte. J’irai plus loin que vous. C’est pour qu’on ne pose pas les vraies questions du pourquoi cela existe chez des hommes ou des femmes d’Église ! C’est un écran de fumée (…) qui coûte bien cher. L’Église est beaucoup trop riche, il faudrait cesser de lui donner de l’argent. Ils n’auraient ainsi pas de quoi remplacer les vitraux.
On parle beaucoup actuellement des dégâts de la pornographie sur les jeunes qui auraient tous vu un bout de film porno à l’âge de dix ans, films accessibles sur les téléphones portables. C’est, en quelque sorte, la même chose à l’envers que connaît un clergé mal éduqué sur ces questions. Il faut regarder les choses en face. Quand on vous apprend, ou apprenait, dès l’enfance que la masturbation était interdite par Dieu, que la nudité était un péché, que regarder le sexe d’autrui est déjà tragique et péché, que le désir est une pulsion mauvaise, c’est tout à fait normal que ces êtres humains succombent dans la culpabilité malsaine et le mensonge, et sombrent dans tous ces travers dûs aux choses qu’il faut cacher (…) Si on apprenait à ces êtres d’Église à être heureux avec leur propre corps, sans se mentir, on n’aurait pas des hommes et des femmes pervers.
Pourquoi les femmes, et les hommes d’Église surtout, ont-ils tant de mal à choisir entre le pouvoir et l’amour ?
C’est pour moi un mystère incroyable. Ils sont déconnectés d’avec la réalité alors que le christianisme est une religion où Dieu prend chair d’homme… et alors que Jésus était là pour aimer toutes les femmes et tous les hommes, même les plus impurs (…).
La responsabilité de l’Église dans la cassure de l’humain est effroyable. J’ai été abreuvée dans ma jeunesse de ces discours qu’on répétait dans ma famille, qui évoquaient des actes « contre-nature ». Nos pauvres curés devraient réviser leurs études. Diverses sciences nous révèlent aujourd’hui que les attirances et les pratiques sexuelles sont les mêmes dans le règne animal et dans toutes les tribus traditionnelles ! C’est donc « naturel »… Dans tous les pays, et notamment en Afrique, les ethnologues nous disent qu’il y a toujours eu des êtres attirés par le même sexe. On les considérait même dans certaines ethnies comme frères ne devant jamais être séparés (couple inséparable allant toujours à deux). Ce sont les missionnaires qui ont inculqué à ces peuples que c’était « contre-nature ». On condamne à mort aujourd’hui des gens qui se soutiennent, s’accordent et s’aiment à cause de ces conceptions désuètes apportées par notre civilisation chrétienne pour établir un ordre (quel ordre !). Quand l’Église demandera-t-elle pardon pour ses erreurs et égarements qui tuent encore aujourd’hui ?
Le sujet est encore le même avec le récent débat sur la bénédiction des couples différents. C’est la même chose avec ces positions stupides qu’on entend sur la bénédiction ou pas des couples « homo » (les prêtres se rendent-ils compte comme ils sont ridicules aux yeux de tous). D’ailleurs, on ferait mieux de parler tout simplement de « deux personnes qui s’aiment », quel que soit leur sexe. Tout simplement. Ces curés et évêques se rendraient alors compte de la stupidité de ne pas vouloir les bénir, la bénédiction étant leur vouloir tout le bien du ciel et de la terre, puisqu’ils s’aiment.
« Je refuse de bénir le péché », dit cet évêque indigne et borné (…) J’ai aussi lu la position sidérante de l’évêque de Grenade en Espagne. Il ne bénira jamais « ces gens-là », quel mépris (…) Voilà encore un propriétaire de la bénédiction du ciel ! Encore le pouvoir sur l’amour. Ces imbéciles (il n’y a pas d’autres mots) tuent le Christ. Le Pape, il est seul mais il a bien raison de parler d’hypocrisie. Ce sont les mêmes évêques qui refusent de bénir un amour pour le renforcer, et ce sont les mêmes qui, dans le même temps, couvrent de leur silence des crimes dont ils ont connaissance ou des crimes qu’ils ont favorisés par leur responsabilité dans la mauvaise éducation des prêtres, religieux et religieuses.
Les rares fois où j’ai pu parler avec des curés de l’offense qui m’avait pourri la vie, ils m’ont répondu qu’ils « priaient pour moi » (…) Mais qu’est-ce que la prière sans l’action ?
« La foi elle-même, si elle n’a pas les œuvres, est morte »
(Épître de Saint-Jacques 2.14-17)
