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Jamais nous n’accepterons les décisions
du diocèse de Lyon,
car elles ne sont pas acceptables
au regard de l’art et des évangiles
Quelques jours avant Pâques, le diocèse lyonnais nous exhortait à accepter ses décisions… Faisant depuis toujours le pari de l’intelligence, nous avions cru pendant des mois en une évolution possible.
Malheureusement, le démontage du premier vitrail à Charly quelques jours avant Pâques, a montré le mépris du diocèse pour les deux mille signataires de notre pétition ainsi qu’un entêtement peu honorable.
Nos pages 5 à 14 expliquaient pourquoi les décisions du diocèse de Lyon étaient impossibles à prendre en Chrétienté. Nous continuerons sans relâche nos demandes ainsi que l’analyse des conséquences des positions profondément injustes du diocèse, pour notre société française et pour l’Église universelle.
Nos comités ont profité de la période pascale pour faire le point. Ils se sont réunis à Paris, Lille, Nantes, Strasbourg, Montpellier, Marseille et Rome.
Le mois prochain, d’autres lieux permettront de poursuivre la mobilisation.
Le choc originel, un des socles de notre engagement
Presque au lendemain de notre page 5 (première page dédiée entièrement à l’affaire Louis Ribes), nous avions reçu l’avertissement d’une des victimes de ce prêtre, le 12 février 2023. Injonction d’un homme aujourd’hui âgé et toujours aussi meurtri, que nos correspondants ont par la suite rencontré à plusieurs reprises :
« J’ai lu votre réflexion. Ne parlez jamais de notre douleur. Vous ne la connaissez pas. Nous, victimes, ne voulons pas de commisération, de faux respect, de reconnaissance la plupart du temps empreinte de mépris. Que cherchons-nous ? Retrouver un jour notre dignité atteinte dans la chair sera-t-il possible ? Dignité d’un homme ou d’une femme. Dignité d’un enfant des hommes, ou d’un enfant de Dieu (pour les victimes qui y croient encore, j’en connais). Occupez-vous seulement d’art et d’évangile si cela vous intéresse. Ne vous occupez jamais de nos blessures car si vous ne les avez pas vécues, il vous est impossible de même les comprendre ».
Cet avertissement fut essentiel dans notre détermination à parler uniquement d’art et d’évangiles… depuis quatorze mois.
Il nous semble que nous avons su, au long de nos pages – puisque vous nous en remerciez régulièrement – répondre avec sincérité à notre interlocuteur du 12 février 2023… Jamais nous n’avons osé durant cette année aborder ou remettre en cause les propos ou le vécu des victimes.
C’est pourquoi nous demandons à notre tour aux victimes de bien vouloir réaliser que notre engagement ne touche ni à leur douleur ni à leur jugement, induits par leur blessure non guérissable.
Nous comprenons que cela puisse être très difficile à entendre… Nous savons, grâce à diverses réactions à nos écrits, que plusieurs victimes ont cependant compris la conséquence directe de nos positions : 1/ qu’elles ne soient jamais oubliées (ce que nous dénonçons des positions de l’Église qui entraîneront leur oubli)… 2/ qu’un véritable chemin d’apaisement – et de restauration en leur dignité – puisse être trouvé.
Depuis le début, dans nos revendications, nous parlons uniquement d’art et d’évangiles, comme nous l’a demandé cet homme, victime de l’artiste prêtre.
Nous sommes certain(e)s de la justesse de notre engagement (que nous affinons au fil des mois grâce à vos contributions), engagement pour l’art – l’art dit « sacré » en particulier – et pour le regard donné par les évangiles.
C’est pourquoi nous ne renierons jamais rien de notre engagement.
D’ailleurs, Monseigneur Olivier de Germay lui-même, archevêque actuel de Lyon, nous avait donné directement le second socle de notre engagement.
Il écrivait dans le bulletin n°57 de « Église à Lyon », en décembre 2022 :
« Il est certain que nous devons dénoncer le mal sans chercher à le minimiser. Mais faut-il pour autant jeter le pécheur à la poubelle ? Un des grands scandales pour les juifs à l’époque de Jésus a été son attitude envers les pécheurs; « je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs » disait-il (Mc 2,17). Va-t-on oublier que le cœur de la Bonne nouvelle est la miséricorde ? Va-t-on oublier qu’un des grands apports du christianisme a été de permettre la distinction entre le péché et le pécheur ? »…
Et pourtant… entre décembre 2022 et avril 2024, rien n’a changé, aucune distinction entre le péché et le pécheur !
Le Vatican et divers théologien(ne)s nous ont même confirmé à plusieurs reprises la justesse de cette distinction.
C’est bien pourquoi, le diocèse de Lyon doit remettre en cause – en extrême urgence maintenant – ses décisions quant aux œuvres du Père Louis Ribes.
Sans quoi, force sera de considérer que les actes épiscopaux contredisent les paroles épiscopales.
Le temps est venu au diocèse de Lyon de reconnaître les crimes effroyables commis par l’un des siens et au même moment d’expliquer ce qui fonde le christianisme et qui ne peut être remis en cause au risque de le détruire : La distinction entre le péché et le pécheur, la distinction entre l’officiant et le sacrement, la distinction entre le geste de création à l’image du Créateur et la personne qui le pose.
A s’entêter, le diocèse commettrait alors la négation même de toute sa pastorale en la rendant incompréhensible et porterait ainsi la responsabilité du seul péché non pardonnable, « le péché contre l’Esprit« .
Car ce péché contre l’Esprit instille des amalgames et de graves confusions dans la tête des croyant(e)s.
Ainsi, l’instillation de la confusion est bien présente lorsqu’une catéchiste nous écrit « j’ai du mal quand on sait aujourd’hui ce que ces œuvres représentent« … Il s’agissait d’un commentaire du vitrail de La Sainte Famille en l’église de Sainte-Catherine… Le diocèse est-il capable de nous indiquer que ce vitrail représentait les incestes et viols commis au sein des familles ? Ce vitrail soustrait à la communauté locale – et patrimoine précieux disparu d’une Commune – à cause de la confusion entretenue par le diocèse – était pourtant l’une des plus intéressantes représentations de La Sainte Famille que l’on puisse rencontrer dans les églises de France (voir le vitrail en fin de notre page 11). Il ne représentait rien d’autre que La Sainte Famille.

C’est si vrai que nous avons reçu un témoignage d’un jeune catéchisé dans les années 60 à Charly : « il est clair que jamais je ne remettrai les pieds dans cette église. Lorsque j’étais au catéchisme, le curé nous avait expliqué ces vitraux et je me rappelle surtout de ce vitrail central où le peintre avait voulu montrer le peuple de Dieu transfiguré par ce qu’on appelait le « sacrifice de la messe », en quelque sorte devenu hostie lui-même, devenu « corps du Christ ». C’était pourquoi l’on passait du vitrail bleu (je ne sais plus le sens de la couleur mais il y en avait un) à gauche, au vitrail rouge à droite, couleur de l’Esprit saint. Également il y avait un sens car l’on passait des formes arrondies à gauche au geste de louange à droite (…) En quelque sorte, la transfiguration du peuple de Dieu par l’Esprit Saint… Quand je vois toute cette histoire qui n’a aucun sens (bien sûr qu’il faut dire la vérité et dédommager les victimes), s’est-on seulement souvenu que des milliers de messes furent célébrées devant ces vitraux ? Les sanctifiant en quelque sorte (si l’on est croyant !). Les curés successifs jusqu’à aujourd’hui n’ont pas été des monstres et d’ailleurs Ribes non plus (Le journal Le Progrès a bien relaté qu’un enfant de chœur de Dième ne s’est jamais rendu compte de la perversité du prêtre) (…) Tout est mélangé et les journaux à sensation ajoutent de l’huile (je parle des informations en continu) ».
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Conséquences de l’installation de la confusion chez les croyant(e)s
Nous sommes capables d’admirer la force et la conviction de celui par qui la révélation des actes délictueux est arrivée, Monsieur Luc Gemet.
De la même façon, en d’autres affaires, les membres de nos comités avaient admiré l’action claire de l’association La parole libérée.
Pour autant, il nous semble inadmissible de rester sans réagir à ce qu’il affirme à propos des œuvres de Louis Ribes : « c’est de la merde ».
« C’est de la merde » est venu en réponse à notre affirmation que « les œuvres ne sont coupables de rien ». Affirmation que nous reprenons inlassablement des travaux de L’Observatoire de la liberté de Création près La Ligue des Droits de l’Homme. Affirmation que l’un de nous évoquait dans un article récent du Progrès. (article de Nicolas Ballet sur le premier vitrail démonté à Charly, cf Le Progrès du 14 mars 2024).
Disons-le avec force, une blessure n’est jamais réparée par une autre blessure.
Et l’outrance porte toujours en elle la négation du propos tenu, comme la non-distinction entre les œuvres de l’artiste porte en elle le châtiment collectif interdit mais appliqué aux œuvres du Père Louis Ribes par le diocèse de Lyon.
Qui plus est, l’outrance insulte toutes celles et tous ceux qui ont commandé et admiré ces œuvres avec raison… Car elles ne représentaient en aucun cas les actes criminels révélés par les victimes. Ici, à Charly, elles resteront toujours les œuvres d’un artiste réputé – à raison -, peintre renommé et illustrateur célèbre de la collection « Le livre chrétien » (collection créée par Robert Morel, l’un de nos plus remarquables éditeurs), peintre illustrateur également de la revue de poésie chrétienne « Laudes » (créée par le prêtre lyonnais l’abbé Jean Vuaillat). On ne refait pas l’histoire ni l’histoire de l’art.
Ou alors, si ce que nous disons n’est pas vrai, tout serait donc mensonge en ce diocèse depuis cinquante ans ? ce que nous avions écrit à Monseigneur de Germay. Tous les évêques et cardinaux, toutes les commissions d’art sacré successives, tous les prêtres et toutes les institutions religieuses seraient coupables et complices des crimes commis ? …
Pourtant cette dernière hypothèse nous paraît insensée et nous refusons de la croire.
Ne devons-nous pas, au contraire, revenir à la lucidité en relisant tout ce qui fut dit et écrit là où Louis Ribes apparaissait. Ainsi du cardinal Alexandre Renard à propos de « Laudes » le 24 janvier 1981 : « … dire au Père Vuaillat mes vœux fervents pour avoir eu l’audace de fonder, et le courage de maintenir « Laudes », expression de la poésie d’inspiration chrétienne ».
Coupables et complices des crimes commis ?
C’est la boîte de Pandore qu’ouvre le diocèse de Lyon sur l’affaire Ribes, en entraînant avec lui toute l’Église catholique.
C’est ce que ressentent les citoyennes et citoyens français. « Leur attitude montre qu’ils étaient informés et couvraient les crimes. Tous coupables », avons-nous reçu d’une lectrice.
Et c’est bien pourquoi cette affaire dépasse de loin Lyon et touche désormais l’Église catholique universelle.
De la même façon que l’œuvre d’un artiste appartient à l’humanité entière.
Nous dénonçons l’énorme mensonge sur lequel s’est appuyé le diocèse quant aux vitraux de Charly… Enlever les vitraux abstraits et colorés de Charly n’a aucun sens objectif… sauf à vouloir se rendre coupable de crimes contre l’humanité en décidant d’effacer l’existence même d’un homme, d’un prêtre et d’un artiste.
Les vitraux de Charly relèvent de l’art non-figuratif et le diocèse, qui finance leur remplacement, ose annoncer (dans le Progrès du 14 mars 2024) à propos des nouveaux vitraux : « ce sera quelque chose de non figuratif, joyeux et coloré, avec des formes géométriques. Rien de comparable ». A se demander si le diocèse est seulement venu un jour à Charly !
Cherche-t-on à faire prendre les citoyen(ne)s et les pratiquant(e)s pour des imbéciles ?
On voit bien ici la technique du mensonge, des fake-news employées pour faire croire que tous les vitraux représentaient des enfants (BFM.tv a insidieusement repris cette présentation des choses).
L’émotion ne peut pervertir à ce point le regard.
À ce rythme, il nous faudra très bientôt enlever tous les chemins de croix dans nos églises de France puisque leur dixième station – « Jésus est dépouillé de ses vêtements » – peut porter à obscénité ! De la même façon, enlevons tous les vitraux mièvres du XIXème siècle évoquant l’Évangile « Laissez venir à moi les petits enfants » !…
« On ne corrige pas une profanation, celle des enfants victimes, par une autre profanation, celle des églises et communautés violentées par ces décrochages réclamés et/ou effectués » nous dira également un théologien.
Enlever les vitraux non-figuratifs, joyeux et colorés de Charly n’a aucun sens
« Il faut à tout prix prendre du recul. A cause de sa mort, l’artiste Louis Ribes ne sera jamais jugé et condamné par la Justice. Quel dommage en effet qu’un procès véritable et la condamnation méritée qui va avec n’aient pu juger d’un homme vivant. Jamais personne n’aurait alors revendiqué l’enlèvement de ses œuvres. Même l’idée ne serait pas venue à l’esprit ni des élus ni de l’Église catholique. La Justice aurait peut-être autorisé une ou deux exceptions au sujet de peintures où des victimes se reconnaissaient mais pas davantage » fut une des justes réactions à notre pétition.
Après le temps de Pâques et avant la Pentecôte, l’échec du discernement impose aujourd’hui de tout remettre à plat
à suivre dans notre très prochaine page 16…
« Seul le Seigneur pourra faire une œuvre d’art avec cette pauvre argile que tu es »
puisse Saint Irénée de Lyon, l’auteur de cette phrase, venir à notre secours !
