En acceptant la disparition d’une œuvre d’art et de son auteur l’Église catholique de France s’exonère de la transcendance.
- La responsabilité de la conférence des évêques dans la débâcle lyonnaise.
- Solidarité entre évêques ?
- Destructions de l’art et de l’humain, seules propositions officielles de l’Église catholique ?
- Artifice ecclésial de l’effacement ou du recouvrement.
- Un chemin de vérité et de dignité est-il vraiment introuvable ?
- Quant au « lien intrinsèque »…
1
Nous l’avions pressenti et avons tout essayé pour l’éviter. N’ayant pas voulu distinguer dès le départ, n’ayant pas cherché à mettre en acte que la différence chrétienne est dans la distinction entre le péché et le pécheur (cf. notre précédente page citant Monseigneur de Germay), le diocèse de Lyon ne pouvait plus s’en sortir tout seul.
Nous avions alors demandé à la Conférence des Évêques de France (CEF) d’agir et nous avions tiré de multiples sonnettes d’alarme depuis un an.
Cela n’a pas suffi.
Hélas, convaincue du peu d’importance de la distinction essentielle entre le créateur et son œuvre (note 1), voici l’Église catholique de France emportée dans le discrédit pour tout ce qu’elle pourra dire désormais (note 2).
Dieu sait pourtant combien notre Église catholique aurait pu apporter en réflexion, sur bien des sujets brûlants – des migrants à la fin de vie ou à la survie de notre terre, pour seuls exemples – mais ses paroles n’auront plus aucun poids en notre société française à cause de son silence sur ce qui s’est passé et se passe à Lyon. Elle aura l’impression de crier dans le désert mais elle aura créé elle-même ce désert en allant jusqu’à renier ses fondamentaux.
A l’heure liturgique post-pâques où l’on entend proclamer dans nos églises « Vous êtes toutes et tous déjà ressuscités », en vérité, dans l’Église catholique, on massacre le pécheur. On le condamne jusqu’à l’effacer pour le faire disparaître totalement (note 3).
Car, à Lyon, il s’agit ni plus ni moins d’une entreprise de négation de l’humain par l’anéantissement de l’homme-artiste-prêtre en cause, avec son simulacre de Justice qui le condamne. Une entreprise de négation de l’humain doublée d’une entreprise de négation de l’art et de l’histoire de l’art, triplée d’une entreprise sournoise de négation des victimes, même si momentanément on donne l’impression de les écouter. On a eu la faiblesse de donner aux victimes tous les rôles, du Procureur au Juge, de l’Archevêque à l’Historien de l’art et de l’art sacré.
La responsabilité de la conférence des évêques dans la débâcle lyonnaise.
Et l’Évangile dans tout cela ? Personne n’en a parlé, ni l’évêque ni ses communicants. On s’interrogera un jour sur la place de ces services de communication de nos diocèses destinés à éviter habilement toute parole forte d’un évêque. Les communicants diocésains savent seulement répéter aux journalistes que « les victimes demandaient la disparition des œuvres… ». Serait-ce pour éviter que l’on s’aperçoive que cette lapidation est totalement contraire à l’Évangile ?
Nous nous trouvons face à des entreprises de négation du regard si novateur apporté par le Christ. Entreprises de négation menées (consciemment ou inconsciemment ?), à Lyon, par les plus hauts responsables diocésains, avec l’appui ou le silence de la conférence des évêques de France (note 4).
Les différents dicastères interrogés par nos visites au Vatican nous ont répondu très gentiment et diplomatiquement que les choses relevaient, bien entendu, de l’ordre de l’évidence. Oui, il fallait distinguer l’œuvre de l’auteur. Ne pas anéantir l’œuvre au nom du crime car l’œuvre révèle que le criminel « peut avoir saisi à quel point Dieu pouvait et voulait faire de l’homme un saint ». (note 5).
Nous accusons ici la conférence des évêques de France, par son absence de position claire, d’être la grande responsable du chaos.
Et nous allons le prouver très clairement tout au long de cette page 16 et de ses notes.
Avions-nous exagéré en évoquant le risque de la barbarie dès notre page 5 ? « Aujourd’hui l’Église se comporte comme maître d’une enclave, un État dans l’État, à la façon Daech catholique. Les lois de la République, elle s’en fiche. Après le simulacre de justice rendue par l’effacement des œuvres de Ribes (le prêtre étant mort, et un procès impossible, il fallait dévier la vengeance sur ses œuvres) le prochain prêtre vivant accusé de viol pourra s’exiler rapidement sinon on l’égorgera sur la place publique, puisque ce sont les victimes qui aujourd’hui décident dans ce Daech catholique », nous écrit un historien lyonnais qui connaît bien les ressorts de l’affaire.
La seule voix relatée par les journaux est, en conséquence, celle du collectif des victimes. Nous avons été justes avec lui dans notre précédente page et nous continuerons. Ce faisant, il faut clairement reconnaître que ce collectif clame vengeance et mélange tout allègrement, n’ayant personne pour lui répondre. Il se fait alors – et c’est bien normal ayant le vide en face de lui – archevêque, théologien, procureur, juge et spécialiste de l’art et de l’art sacré, insultant ainsi toutes les commissions d’art sacré précédentes et tous les curés commanditaires… Il n’y a personne pour lui répondre lorsqu’il assène par exemple « Comment peut-on mettre des bouts de verre colorés au-dessus de la vie d’un enfant ? » (journal Le Pays du 18 avril 2024). Personne n’a bien sûr jamais imaginé ni pensé cela ! Le qualificatif « bouts de verre » est pourtant une insulte directe à des centaines d’hommes et de femmes, de donateurs, de fidèles, de curés commanditaires des œuvres, de verriers ayant travaillé, de visiteurs ayant admiré et même prié avec ces œuvres d’art (car elles en sont), depuis cinquante ans. Personne pour répondre à de telles énormités.
Chacun sait combien nous soutenons les victimes depuis le début. Nous sommes les rares à avoir écrit qu’on les trompe et qu’on les méprise car les décisions prises les promettent aux oubliettes de l’Histoire. Nous avons écrit constamment dans nos pages que nous restions à jamais horrifiés par des actes commis contre des enfants. « Nous », les 35 membres actifs, croyant(e)s et non-croyant(e)s – membres actifs car médiatrices et médiateurs de nos comités sur l’ensemble du territoire et des diocèses de France – soutenus par les 2000 signataires de la pétition en ligne « Sauvons Charly, Patrimoine culturel » que nous ne remercierons jamais assez d’avoir su distinguer la raison de l’émotion.
Ces deux mille signataires, nous ne les remercierons également jamais assez de n’être jamais passés, dans leurs commentaires ou réactions, à l’accusation ou à l’insulte envers l’Église et ses serviteurs, envers les artistes, envers les élu(e)s ou envers les victimes (les réseaux sociaux ne nous donnent plus l’habitude de cette pratique de réserve et d’écoute)…
Cependant, il faut, pour être justes, dire également la vérité aux victimes… Ces victimes crient leur douleur. Oui. Elles demandent réparation. Doublement Oui. Elles se font juges du criminel et de l’art. Non…
et le témoignage d’une victime que nous publions aujourd’hui un peu plus loin en cette page montrera combien il est possible de penser et d’agir autrement.
La confusion a ainsi gagné toutes les têtes, à cause de l’Église.
Un théologien suisse nous a éclairés d’un regard différent : « Dans le cas Ribes à Lyon, comme dans tous les autres similaires qui pourraient surgir en nos différents diocèses et pays, l’artiste est coupable, le prêtre est coupable. L’œuvre n’est pas coupable. Non seulement l’œuvre n’est pas coupable, mais elle a apporté un bienfait à nombre de paroissiens et de visiteurs pendant un demi-siècle. Cela mérite d’être pris en considération. Sans oublier les droits des excellents maître-verrier (co-auteurs des vitraux) et des donateurs, dont les dons furent certainement des dons dédiés pour créer ces œuvres à l’appel de leur curé (…) ».
Cette phrase est essentielle : l’œuvre « a apporté un bienfait »…
Nous y reviendrons car il nous faut sortir de la pensée binaire que propose aujourd’hui l’Église de France.
L’affaire lyonnaise et l’absence d’implication de la conférence des évêques de France pour sortir de l’ornière conduisent à un abîme insondable. Au-delà de la négation de l’art et de l’humain (et même du Salut que notre Église annonce), l’affaire Ribes mène à l’anéantissement de l’enseignement évangélique, à la disparition de toute approche spirituelle des situations les plus dramatiques. Au-delà, elle mène, de surcroît, à la négation de la Justice et au rejet de l’État de droit…
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Solidarité entre évêques ?
Nombre d’entre nous, en nos différents comités sur le territoire, confessent un attachement certain à l’Église, ayant eu la chance d’être « élevés » par elle et non agressés. Ils la connaissent bien pour en faire partie.
Dire la vérité – c’est un exercice que nous avons cherché depuis notre première page – nous obligeait encore une fois de l’écrire afin de rester justes.
Mais cette exigence nous oblige également à dire toute la vérité.
Car nous ne sommes pas dupes des jeux de pouvoir au sein de l’Église catholique. La solidarité entre évêques en prend alors un coup, certains ayant tablé sur l’écrasement des responsables lyonnais dans cette affaire pour qu’ils ne puissent briguer à plus hautes responsabilités, de l’aveu même de plusieurs des 18 évêques français dialoguant aujourd’hui avec nos comités à propos de la distinction nécessaire entre un créateur et son œuvre.
Car l’on fait également carrière dans l’Église de France.
En son temps, pour le Père Gouzes – auquel nous allons très bientôt consacrer à nouveau une page importante -, nous avions dénoncé les positions indignes de compositeurs fort intéressés par la manne des « droits d’auteur » (ça rapporte, en effet, les chants d’Église !… et mettre de côté – « par précaution » – ceux du Père Gouzes laissait la place à d’autres).
Il est temps en effet de dire toute la vérité sur ces affaires. Les plus de trois mille cinq cents contributions que nous avons reçues depuis la création de notre site, les deux mille signataires de notre pétition en ligne « Sauvons Charly, Patrimoine culturel », ont apporté à nos comités des éclairages consolants pour certains et tragiques pour d’autres. Nous ne pourrons les garder pour nous. Il nous faudra sans doute révéler et analyser d’autres affaires dans les mois à venir.
Dans cette vaste duperie entre un diocèse et ses victimes, l’exemple de Lyon donne à réfléchir pour l’Église universelle. Reconnaître son prêtre criminel, oui ! Chercher comment rétablir la dignité des victimes et leur offrir les plus justes « réparations », oui ! Se reconnaître « assumant les crimes de ses prêtres » non ! (sauf si l’Église savait ou couvrait…) et participer au lynchage du prêtre fautif en enlevant ses œuvres (hors éventuellement deux ou trois tableaux, et seulement sur décision de Justice), non !
Les vitraux de Louis Ribes regorgeaient de références à la symbolique chrétienne. Son geste artistique était reconnu de tous et ce n’est pas pour rien qu’il fut appelé en illustrateur de la foi par tant d’églises et de revues chrétiennes…
Se moquer des artistes, se moquer des historiens de l’art, des commissions d’art sacré, insulter le Père Vuillat qui illustrait ses revues de ses dessins, les excellents maîtres verriers qui traduisirent les cartons de Louis Ribes, ne peuvent être des réponses à l’insulte vécue par les victimes dans leur humanité.
Monseigneur Olivier de Germay écrivait encore dans le bulletin n°57 de Église à Lyon : « notre confiance en elle (en l’Église) ne repose pas sur la sainteté de ses membres mais sur les promesses du Christ (cf Mat 16-18) ».
Il s’agit donc de sortir aujourd’hui de la peur de la vérité. Il s’agit d’arrêter de cacher les œuvres du Père Louis Ribes qui parlent du Christ.
Cacher ses œuvres aujourd’hui n’est rien d’autre que le même geste choisi pendant des années pour cacher ses crimes.
Il nous faudra réfléchir si les recouvrements proposés par ailleurs, même s’ils partent d’une bonne intention envers les victimes, ne relèvent pas d’un acte contraire à la révélation (au sens photographique, philosophique et sans doute théologique).
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Destructions de l’art et de l’humain, seules propositions officielles de l’Église catholique ?
Presque tout le monde est d’accord sur la gigantesque bêtise de la déclaration du jeune Monseigneur Gobilliard « ce n’est pas de l’art », à propos des œuvres de Louis Ribes, insultant ainsi toutes les commissions d’art sacré et les prêtres commanditaires, entre autres… En réponse, les victimes ont eu facilité à dire à leur tour « c’est de la merde » etc… La solidarité des évêques fut mise à l’épreuve et aucun n’eut le courage de remettre en place son « frère dans l’épiscopat » sur ce qu’il ne pouvait dire sans risquer d’insulter et de blesser tous les artistes et l’art et la culture depuis ses origines !
Un article récent du Monde du 14 avril 2024 démontre ce que nous dénonçons. Il ne prend aucun parti et relate les positions. On y découvre que depuis des mois l’Église réfléchit… Pour arriver à quoi ? À rien ! Seul le Père Gautier Mornas semble poser les bonnes questions et penser qu’on ne guérit pas une blessure par une autre blessure « déposer ou recouvrir une œuvre, n’est-ce pas répondre à un acte violent par une autre violence ? ».
Autre question importante que le Père Mornas pose, évitant par bonheur les amalgames (est-il le seul à ne pas sombrer dans cette tentation des amalgames ?) : « L’œuvre en question met-elle en scène des personnes abusées ? »… Pourtant, il ajoute un peu plus loin : « On n’a pas de norme à édicter ni d’avis à apporter »…
Alors, à quoi cela sert-il de réfléchir ? On le voit clairement, la conférence des évêques aurait dû demander de distinguer, afin d’éclairer les responsables qui se trouveraient face à des cas similaires et afin d’éclairer tout simplement les croyant(e)s emporté(e)s par le doute à cause des confusions installées dans leurs têtes par l’Église elle-même ! (note 6)
N’était-ce pas opportun et urgent de décider d’une position claire ? Pourtant, si ! Et cela s’imposait. Que peut-on en conclure ? : dans cette conférence française, on préfère laisser chaque évêque décider éventuellement du pire dans son diocèse afin de ne porter collégialement aucune responsabilité !… En réalité, la conférence des évêques de France se refuse à réfléchir et à décider pour ne pas affronter la question ou le problème.
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Artifice ecclésial de l’effacement
ou du recouvrement
L’on préfère ainsi, dans l’Église catholique française, continuer à alimenter l’artifice de la mise sous le tapis, le même artifice dont des prélats ont usé et abusé pour cacher les affaires de prêtres prédateurs (note 7).
Sœur Véronique Margron – à la bouillonnante intelligence que nous avons toujours reconnue (plusieurs membres de nos comités la connaissent personnellement et l’apprécient grandement sur d’autres sujets) – est « la voix » de l’Église sur ces questions, l’unique voix. Or, l’intense et douloureuse écoute qu’elle a reçue et reçoit encore des victimes ne peut lui permettre un avis distancé sur ces questions. Être récipiendaire de tant de malheurs et de désespoirs ne peut permettre une mise à distance et l’appréciation d’un geste artistique. « Par facilité, tout le monde dans l’Église laisse dire à Sœur Margron ce qu’il semble bon de dire » nous expliquent plusieurs évêques.
Or, nous avons analysé depuis des mois, grâce aux si nombreuses réactions reçues, que tous les conseils d’actions « par précaution » ou de recouvrement d’œuvres « à condition que ce ne soit pas moche, sinon ce n’est pas juste » entraîneront la confusion et l’obstruction à la diffusion des œuvres de l’esprit, obstruction interdite en France par la loi du 7 juillet 2016.
En réalité, le remède est pire que le mal. Il met les acteurs de ces retraits et de ces recouvrements en délit caractérisé et les esprits en contradictions et amalgames.
Pourtant, les victimes peuvent entendre un discours différent. Nous en faisons l’expérience régulièrement depuis la création de notre site.
La société civile avance par exemple avec la Justice restaurative : Comment se fait-il que l’Église en soit incapable ? Par orgueil ne veut-elle pas imiter cette société civile capable d’écoute des victimes, capable de compassion et de propositions de réparation ? Comment se fait-il que l’Église ne puisse proposer que la destruction, le recouvrement ou l’effacement ? Car aucune « Justice » ne pourrait se conformer aux souhaits de voir disparaître des œuvres (hors bien entendu si ces œuvres représentaient ou incitaient au crime). Ces œuvres font partie de l’histoire de l’art quoiqu’on en dise ou apprécie et c’était, jusqu’à maintenant, sous d’autres cieux que l’on détruisait des bouddhas ou autres mausolées. Il nous faut le redire puisque l’Église catholique n’a pas voulu entendre.
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Un chemin de vérité et de dignité
est-il vraiment introuvable ?
Nous savons de quoi nous parlons. Nous avons dans nos comités la victime d’un prêtre. Elle fut violée dans une sacristie (Louise nous donne l’autorisation aujourd’hui de l’évoquer pour les besoins de notre explication de texte). La scène se déroule avec une quantité de croix « qui tournoient » autour d’elle. Depuis lors, Louise ne peut plus voir une croix sans ressentir une véritable déchirure au cœur… Alors, faut-il décider de cacher toutes les croix dans les églises pour ne pas choquer les victimes et leur rappeler leur blessure ? Question tout à fait sérieuse à laquelle elle répond elle-même par la négative (c’est pourquoi elle a rejoint nos comités il y a six mois). Louise veut, bien que très douloureusement dans sa chair, distinguer à tout prix pour sauver les symboles et l’art depuis deux mille ans. « Reconnaître que la croix est aussi l’image du don total de Dieu, que le sang et l’eau après le coup de lance est l’accouchement de l’Église, c’est d’autant plus dur que je ressens encore la brûlure du viol en mon corps », nous dit-elle…
Voilà bien ce que le diocèse de Lyon et la conférence des évêques de France auraient pu, avec la plus grande compassion, enseigner aux victimes dès la première minute, leur proposer un chemin de dignité au lieu d’uniquement les ouvrir à la vengeance.
Voilà la brèche ouverte par le diocèse de Lyon en signifiant que des œuvres pourraient montrer autre chose qu’elles-mêmes. Une déchirure à jamais encouragée par le silence complice de la conférence des évêques.
Non !, il faut le redire inlassablement, un « Chemin de croix » ne montre pas autre chose que le chemin du Christ vers le Golgotha ou un vitrail montrant un soleil à Charly ne montre rien d’autre que le symbole du « Christ, soleil levant qui vient nous visiter », selon la magnifique hymne chrétienne…
L’Église catholique inaugure ainsi elle-même le chemin vers le blasphème et vers les crimes contre l’humanité et contre le Christ lui-même. L’Église ouvre désormais le chemin vers la revendication qui ne saurait tarder de la disparition des symboles religieux y compris dans nos musées. En conséquence elle perd tout crédit auprès de la société civile et auprès d’une bonne partie des croyant(e)s.
Le diocèse de Lyon est pourtant un creuset d’intelligences croisées, d’engagements variés, comme aimait à le dire le Père Max Bobichon. Tous les diocèses de France ont d’ailleurs en eux cette réserve de richesse, à condition qu’elle puisse s’exprimer.
À preuve nos correspondances avec des centaines de laïcs, prêtres et religieuses, théologien(ne)s, philosophes, médecins, artistes et artisans, historien(ne)s, depuis notre page 5… À preuve les huit cents réactions supplémentaires reçues par nos comités suite à l’annonce du démontage du premier vitrail, puis du second, en l’église de Charly (nos équipes n’ont pas encore fini de classer et encore moins de répondre aux interlocuteurs).
Nul n’est un « imbécile » même s’il est aveuglé. Il ne s’agit même pas de « notre vérité » contre « la vérité du diocèse ou de l’Église ». Il s’agit seulement de rechercher La vérité, celle qui rend libre…
La vérité, c’est le Christ, en chrétienté du moins. Et ce n’est pas pour rien que ce reniement de l’engagement chrétien et de sa différence est ce qui scandalise le plus les non-croyant(e)s qui s’impliquent avec nous !
Donc, le regard du Christ est le seul qui nous intéresse.
Une décision et un jugement peuvent parfaitement être remis en cause. C’est le propre de l’intelligence de l’esprit et de l’intelligence du cœur. Un acte décidé peut très bien être suspendu et des choses déplacées peuvent être remises en place. Plusieurs théologien(ne)s nous ont écrit amicalement ces derniers mois pour nous dire qu’ils avaient tenté de démonter nos argumentaires, sans succès. Car notre retour répété aux évangiles ne permettait pas « d’amener au débat un contre-argument sérieux ».
Seule l’émotion, encore aujourd’hui, justifie donc la position aveuglée de l’un des diocèses de France, et pas des plus petits, abandonné en son obscurité par ses pairs pour des raisons bien peu avouables.
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« Lien intrinsèque »
Nous sommes informé(e)s de toutes les blessures inimaginables vécues par les victimes. Nous en sommes même meurtri(e)s personnellement, pour celles et ceux d’entre nous qui partagent la foi de l’Église (si cette Église est « corps du Christ », ce qui arrive à l’un ou l’une d’entre nous nous affecte directement)… Il est cependant impossible d’accepter ces explications du « lien intrinsèque » entre les crimes et les œuvres. Si l’artiste était vivant, seuls des psychiatres indépendants près les tribunaux auraient peut-être conclu à cette hypothèse et auraient de plus cherché certainement à distinguer entre une œuvre et une autre. Affirmer péremptoirement ne constitue pas une démonstration et encore moins une expertise… Nous pourrions également dire ici, après et avec tous les prêtres qui commandèrent ces œuvres, qu’il y a un « lien intrinsèque entre l’Évangile et les peintures et vitraux du Père Ribes » et personne ne pourrait nous répondre que non !
Pourtant, malgré cette précédente démonstration, le diocèse de Lyon, encouragé par le silence de la conférence des évêques, a choisi l’amalgame qui ne pouvait conduire qu’à une impasse. Facilité bien sûr pour faire croire à une action contre les prêtres prédateurs, comme nos comités l’ont analysé en d’autres pages précédentes. (note 8)
Duperie ou tromperie de tous contre tous
1- L’Église a trompé les victimes en ne sachant pas leur donner une place et les « dédommager » dignement.
2- Les victimes ont eu le génie de tromper en réponse l’Église au point de lui faire applaudir le contraire de ce qu’elle professe jusqu’à imposer pour le criminel une condamnation à la mort éternelle en l’enfermant dans son péché.
3- Les élu(e)s ont été trompés au point qu’ils ne peuvent rien répondre puisqu’on a osé laisser dire que l’objet des œuvres du Père Ribes était l’agression (les curés commanditaires et les verriers apprécieront !). Ainsi le maire de Charly, fin politique et destinataire éminent de notre pétition, fait « le grand écart ». Il sait bien qu’il perd un patrimoine remarquable et déclare au journal Le Pays qu’il a toujours « pensé qu’il faut séparer l’homme de l’artiste (il nous a donc à moitié entendus !) mais ici, les œuvres sont l’objet du délit donc il n’y a pas de sujet à débattre » (il s’accorde ainsi aux déclarations péremptoires du diocèse que rien ne vient pourtant étayer) !
Mais que gagne l’archevêché à dire de telles énormités (les œuvres seraient l’objet du délit dans les églises où l’artiste a travaillé) et que gagne-t-il à avoir supprimé des vitraux et des chemins de croix ? : donner raison sans condition à celles des victimes qui ont réclamé la suppression des œuvres ?, se disculper d’avoir ignoré le prédateur ? Se disculper de l’avoir su et de l’avoir caché ? L’Histoire un jour le dira. C’est, en tout cas, cette dernière image que le diocèse de Lyon donne à voir et à comprendre par son refus de discernement dans cette affaire.
« Derrière ces questions de morale concernant le prédateur sexuel (particulièrement odieux quand les victimes sont des enfants et le prédateur un prêtre), il convient de mettre en évidence que ce prédateur est, comme tout humain, capable du meilleur et du pire. Écarter cette réalité de la réflexion étouffe toute clarté. Il faut poser cela clairement, y compris avec les victimes, pour qui les conséquences de ces crimes ne s’effacent pas« ajoutait le théologien cité en final de notre page précédente… Nous avions tenté cette démarche auprès de l’Église de France, sans succès. Peut-être aurait-il fallu des attaques violentes d’anti-cléricaux pour la faire réagir ? Lorsqu’elles adviendront, il sera trop tard.
« Dans le cas nous intéressant (les œuvres de Ribes), on gagnerait aussi à se demander en quoi telle ou telle œuvre a été porteuse de bienfaits. Car c’est cela la vocation de ces œuvres artistiques présentées dans une église… »
Une autre théologienne renforce également la bonne question et nous irons jusqu’au bout de la réflexion. Pour l’art. Et pour l’Évangile. (note 9)
Cela ne nous satisfera pas que Lyon serve de leçon – et d’exemple à ne pas suivre – pour tous les diocèses et pour l’Église universelle.
L’Église catholique de France doit – au sortir de cette horrible situation qu’elle a provoquée – être capable de définir une position claire sauvant les œuvres (sauf si elles appelaient au crime !).
Cela lui permettra enfin de mettre en accord ses paroles et ses actes et de mettre en accord son regard avec celui du Christ tel qu’il est relaté par les Évangiles.
Il en va très certainement de la survie du christianisme, lui évitant un véritable effet « trou noir », absorbant y compris la lumière dans son écrasement.



Par quel raisonnement inexplicable ou par quel sortilège, des œuvres relevant de l’art sacré telles que (par exemple)
-« la sainte famille » (disparue de l’église de Sainte-Catherine/Rhône),
– un soleil se référant au « Christ, soleil levant qui vient nous visiter » (appelé à disparaître prochainement si rien ne change en l’église de Charly/Rhône),
– une station du chemin de croix de Savigny/Rhône commandé par le Père Paul Bobichon (Chemin arraché brutalement au mur de l’église puisqu’il y était scellé),
ont-elles pu devenir, dans la tête des responsables diocésains, dans la tête des élus et même de certaines victimes des œuvres, « inspirées par leur agression » ou des œuvres « objet du délit » ??? Qu’y-a-t-il dans ces trois exemples pour attester de telles informations ? Rien ! Absolument rien !
(1) Essentielle pour la survie de notre société tout entière et de sa culture, et des Églises chrétiennes en particulier. Dernier rempart contre la barbarie, l’obscurantisme et le puritanisme, comme nous l’avons expliqué de multiples manières en nos pages précédentes.
(2) Le discrédit est tel aujourd’hui que « tout ce qui touche à l’Église ne nous intéresse plus », nous ont dit clairement depuis un an des directeurs de revues consacrées à l’art, des journalistes travaillant aux plus grands médias français, des directeurs des affaires culturelles et des préfet(e)s. « Louis Ribes n’aurait pas été un prêtre, bien sûr que nous aurions pris parti pour sauver ses œuvres ». Démonstration du fossé creusé par l’Église à cause de ses oukases obscurs d’une violence inouïe pour la société française car l’Église y démontre ainsi, directement, le mépris de l’humain qui semble guider ses agissements.
(3) C’est bien la claque que nous avons prise en recevant plus de 800 réactions et contributions suite à la dépose du premier puis du second vitrail de Charly (nos comités ont seulement réussi à les lire et nous demandons d’excuser les réponses qui seront longues à venir). Toutes argumentées. Toutes décrivent une image détruite de l’Église et de son enseignement… Notre pétition en ligne Sauvons Charly, Patrimoine culturel a recueilli – malgré son thème ô combien peu « porteur » question marketing ! – 2000 signataires mais l’Église n’en a eu que faire…
(4) Par aveuglement davantage que par lâcheté sans doute, par manque de culture davantage que par goût personnel des autodafés, nous voulons le croire… Ce n’est pas un hasard si les intellectuels, philosophes et historiens pourtant si nombreux à Lyon – La cité des intelligences croisées – se sont tu (momentanément), par ras-le-bol d’une Église qui se fiche désormais ouvertement des penseurs et de l’art, et de la Justice même puisqu’elle la bafoue intrinsèquement en demandant aux victimes quelle punition administrer au criminel…
(5) Après nous avoir dit que ce que nous revendiquions semblait du domaine de l’évidence, cette dernière « invitation » très diplomatique faisait référence à des articles comme celui paru dans Zénit le 21 février 2024. Sous l’illustration du tableau la vocation de Saint Matthieu du Caravage en l’église Saint-Louis des Français à Rome, on peut lire exactement ce qu’on aurait pu lire intelligemment sous les œuvres de Ribes (nous ne faisons ici volontairement aucune comparaison artistique mais qu’on ne vienne pas nous dire que Le Caravage est ancien et ses victimes depuis longtemps oubliées, car ce serait indigne. La longueur de l’histoire n’existe que dans nos têtes et les œuvres du Caravage parlent aux visiteurs aujourd’hui comme s’il venait de les peindre, alors que chacun sait que ce fut – aussi – un criminel).
Sous le tableau de La vocation de Saint Matthieu est écrit dans cet article de Zénit: « Le Caravage était un homme aux mœurs contestables. Pourtant, il avait compris quelque chose de la gratuité de l’amour de Dieu pour les hommes. Il avait saisi à quel point Dieu pouvait et voulait faire de l’homme un saint. »
Faire la distinction entre l’auteur et son œuvre, et plus encore distinguer au milieu de la multitude de sa « production », eut été une attitude complexe mais une attitude évangélique, nous a même répondu un prélat romain lors de nos différents échanges avec le Vatican.
(6) Les conséquences pratiques de la disparition du message évangélique porté par l’Église catholique de France sont déjà directes pour l’ensemble des diocèses : baisse du « denier du culte » à cause du gaspillage de l’argent sur des opérations comme celles de Lyon (nous avons entendu une victime dire « L’Église est riche, elle peut casquer ! »), découragement croissant des élu(e)s qui nous écrivent de l’ensemble du territoire au sujet du sauvetage de leurs églises. C’est un patrimoine auquel les français(e)s restent profondément attaché(e)s et ces élu(e)s doivent assumer très difficilement dans les moindres hameaux l’entretien des églises ou chapelles. Nous comprenons parfaitement leur interrogation et leur dégoût à voir comment l’Église jette l’argent en remplaçant inutilement et onéreusement des vitraux en parfait état.
(7) À vouloir ne pas remettre en cause le propos indigne et dangereux « ce n’est pas de l’art », combien de blessures douloureuses notre Église de France aura-t-elle assénées sans vergogne ?… Envers les communautés que nous avons visitées dont les membres avaient payé les œuvres, celles dont les membres avaient fait visiter les œuvres en mettant en avant la démarche évangélique qui les expliquait… Envers les historien(ne)s de l’art qui passèrent et passent pour des imbéciles, les curés précédents qui ne pouvaient ainsi, logiquement, n’être que complices ou stupides. Envers des centaines d’hommes et de femmes blessées à jamais par ces gestes insensés ne cherchant à répondre qu’à la « concurrence victimaire » de notre société qui laisse uniquement la parole crédible aux victimes.
(8) Mais encore une fois, cherchons dans nos propos la justesse. Nous reprenons en parlant de prêtres prédateurs la « norme » de ce que tous les journaux ont relatée des commissions de vérité, y compris l’article du Monde cité. Nous avons également précédemment loué leurs travaux mais ne faudrait-il pas oser poser la question du pourquoi les femmes (religieuses donc) qui représentent pas moins d’un tiers de ces agresseurs ne sont jamais citées, ni par les médias catholiques ni par les journalistes… Étonnante « sélection » d’information sur laquelle nous serons invités à revenir.
(9) Nous reprenons l’écrit du théologien cité en notre page précédente qui exposait clairement :
« On ne corrige pas une profanation, celle des enfants victimes, par une autre profanation, celle des églises et communautés violentées par ces décrochages réclamés ».
« Mettre en balance la souffrance des victimes et la présentation des œuvres est une façon de justifier la décision des décrochages par l’émotion partagée auprès des victimes. Dès que j’ai appris cette décision, je l’ai commentée ainsi : on ne peut plus s’en prendre à l’homme, on s’en prend à ses œuvres.
S’il y a un lien entre agression et création, c’est le lieu, l’atelier de l’artiste et c’est l’artiste lui-même. Comme tout homme, il porte en lui le meilleur et le pire… Le meilleur est admirable de création, le pire est exécrable de profanation (gravement condamnable s’il avait été dénoncé)… Telle est notre humanité pour laquelle le Christ est venu en ce monde. Louis Ribes, artiste inspiré, est aussi un pervers criminel.
Mais on ne corrige pas une profanation, celle des enfants victimes, par une autre profanation, celle des églises et communautés violentées par ces décrochages effectués ».
