Réponse à « Chantons en Église »
Novembre 2022, Suite de l’action…
Nous vous remercions de vos très nombreuses réactions positives reçues très régulièrement sur notre courriel et qui nous encouragent grandement à continuer de revendiquer la nécessité absolue de distinguer une œuvre de son auteur…
Après la publication du n°191 de la revue CHANTONS EN ÉGLISE qui avait annoncé vouloir éclaircir la situation mais n’a publié qu’une interview de Véronique Margron, nous avons envoyé, en réponse à la Rédaction, le texte ci-dessous…
Et pourtant la distinction est nécessaire entre une œuvre et son auteur…
Vos réactions à « l’affaire Gouzes » (n°190 puis n°191 avec l’interview de sœur Margron) ont profondément interrogé nombre de communautés paroissiales. Je suis en total désaccord avec la manière d’aborder la question en y introduisant les notions de « précaution » ou de « temps de décence ». Toute notre culture se fonde sur la distinction essentielle entre l’œuvre et l’auteur. Aujourd’hui encore, le frère André Gouzes est présumé totalement innocent, donc sa musique n’aurait jamais dû être déconseillée ou mise en attente ! En prenant les devants d’un retrait présenté comme « nécessaire », les théologiens l’ont présumé non seulement coupable mais ont amalgamé de façon dangereuse l’œuvre et son auteur. De plus, cette confusion a entraîné de nombreux choristes à être moqué(e)s parce qu’ils choisissaient l’une des trois mille pages de la Liturgie Chorale du Peuple de Dieu. Les quolibets qu’ils ont subis ne sont pas acceptables.
Bien entendu, je ne devrais pas avoir à préciser que je défends, moi aussi, les victimes de toutes les violences ! Toute violence contre un enfant nous révolte, mais, s’il est vrai que toute douleur doit être entendue et consolée, il est aussi urgent de sortir de la dictature de l’émotion. Face aux crimes de pédophilie, tout se passe ici comme si l’Église catholique de France voulait en faire trop ! Car l’Église entache gravement sa démarche de vérité en entretenant la peur et la confusion. En ne revendiquant pas qu’une œuvre de l’esprit ne peut pas être entachée par l’éventuelle condamnation de son auteur, l’Église met à mal sa propre théologie sacramentelle car elle prend le risque que soit remise en cause la validité même des sacrements dispensés par des prêtres qui seraient un jour reconnus coupables… Où est passée la Grâce qui permet à un criminel de laisser passer la lumière ? Qu’est devenue la pensée que dans l’homme ou la femme existe la place de l’inspiration par l’Esprit qui les dépasse ?
D’ailleurs, par quel maléfice une œuvre changerait-elle brutalement de nature ? Un chant, un vitrail ou une fresque deviendraient-ils subitement obscènes dès lors qu’on apprendrait la condamnation de leur auteur ? L’œuvre dépasse toujours son créateur et ne peut être mise à mal par l’éventuelle condamnation pénale de son auteur. Sommes-nous sûrs que les œuvres présentées au musée du Vatican ou dans nos cathédrales sont toutes nées d’artistes exempts de turpitudes ? L’Histoire de l’Art nous confirme qu’il n’en est rien… Dès lors, quand bien même le compositeur Gouzes serait un jour condamné, les chants de Sylvanès et tout l’œuvre de ce prêtre musicien ne deviendraient pas subitement obscènes, d’autant plus qu’il s’agit d’une œuvre collective. Ses co-auteurs n’ont jamais été mis en cause, eux qui ont rédigé des textes remarquables – nourriture spirituelle de multiples communautés – et se trouvent condamnés de facto par « précaution » ou par « temps de décence »…
Il en est ainsi pour tout ce qui emplit nos bibliothèques ou nos musées… Comment l’Église qui est la première à croire en l’Esprit ne le voit-elle pas ? Si nous continuons d’agir par amalgames, c’est toute notre culture qui s’effondrera et le fanatisme nous submergera. L’affaire du prêtre de Sylvanès, telle qu’elle fut traitée par nombre de responsables et de médias catholiques est un très mauvais indicateur. À ce rythme il faudra bientôt retirer de nos églises bien des œuvres sous prétexte que ceux qui les ont créées ont parfois été des impurs… À persister dans cette voie, nous glisserons immanquablement vers le plus total obscurantisme. Nous en serons toutes et tous victimes… Puis, dans un très proche avenir, il n’y aura plus de place pour le Pardon, pour la Rédemption, pour le regard aimant du Christ vers le larron pendu à ses côtés, ce qui est pourtant l’apport nouveau de l’Évangile.
